"Les poules préfèrent les cages" (Armand Farrachi)

  • Stéphan Carbonnaux

"Tout le monde veut manger un hamburger mais personne ne veut voir la vache qu'il y a dedans".

Citation extraite du film The Island (2005).

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Source : http://www.oklahomafarmreport.com

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Source : Gary Kazanjian pour The New York Times

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Source : Gary Kazanjian pour The New York Times

 Veau
Source : becomehuman.skyrock.com



Cochons
Source : www.boqueteguide.com/?p=841

 Poules
Source : http://www.ciwf.org.uk/

 Poules en batterie web preview
Source : http://api.ning.com/files/

 POULES5
Source : http://www.oiseau-libre.net

 Oie

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Source : http://terresacree.org/images/gavage.jpg

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Source : http://www.nofoiegras.org/discover-foie-gras.wmv

 


Clichés 1, 2, 3 :

Cliché 4 : Veau élevé en batterie.

Cliché 5 : Porcs élevés en batterie.

Cliché 6 : Citons le titre de l'essai d'Armand Farrachi : Les poules préfèrent les cages, Albin Michel, (2000).

Cliché 7 : Les oies se gavent dans la nature, où est le problème ? Renseignez-vous et vous comprendrez qu'il y en a un énorme (aussi gros que la taille de leur foie, c'est vous dire ! )  Nous y reviendrons.

Cliché 8 : dans la famille "c'est mon choix", je demande "c'est mon choix de manger du foie gras, c'est mon choix".

Je sais que cet article paraîtra déplaisant aux yeux de certains, qu'on m'a appris que mes choix ne devaient pas conduire à ce que je dégoute les autres. Mais j'ai des atouts pour assurer ma défense.

 

Premièrement et en ce qui concerne le foie gras, je plaide pour les oies car je suis sûre (pour une fois je m'autorise le droit de m'exprimer à la place de l'animal) que ce n'est pas leur choix non plus. Les milliers de canards, d'oies, les autres bipèdes écœurés du foie gras ainsi que moi-même représentons un effectif qui va au delà de l'intérêt d'une seule et unique illuminée.

 

Deuxièmement (toujours en ce qui concerne le foie gras), je ne suis pas une moralisatrice qui, d'un œil condescendant, toise ses semblables avec dédain. Car je l'avoue, j'ai moi-même consommé du foie gras. Effectivement, c'est très bon (pourquoi le taire), mais je me répète pour ne pas craquer : "c'est un foie malade, c'est un foie malade".  Stéphan m'a montré un document réalisé par des vétérinaires sur ce qu'induisaient de telles pratiques sur les animaux en terme de souffrance. Cela m'a irrévocablement dégoutée. Je tiens à signaler que notre gastronomie dispose de suffisamment de mets délectables pour qu'on puisse se passer de foie gras.

 

En ce qui concerne les clichés suivants, j'ai d'autres arguments. Je ne prône pas le végétarisme je ne m'y oppose pas non plus. Je pense, par contre, qu'un animal qui donne ou plutôt à qui nous prenons la vie pour nous nourrir mérite le respect. Je connais des éleveurs, avec qui j'ai eu le plaisir d'échanger il y a peu encore, qui m'expliquaient combien ils aimaient leurs animaux. J'ai pu le vérifier. Il ne s'agissait pas de ce discours consensuel servi à outrance par certains agriculteurs. C'était sincère. Leurs animaux (il s'agit de cervidés) vivent dans des conditions admirables, sont soignés avec affection. Quand ils sont abattus, ils n'ont même pas le temps de se rendre compte de ce qui leur arrive. Je reconnais que c'est dans la nature de l'homme de consommer de la viande (mais pas uniquement, nous sommes omnivores, la viande ne devrait pas être présente à chaque repas loin s'en faut. La nature et nos artères s'en porteraient mieux !) Néanmoins, je souhaite croire qu'il n'est pas dans notre nature d'admettre ce genre de traitements ou de fermer les yeux, toujours par confort et paresse sur des actes aussi répréhensibles.

 

Voilà mon petit plaidoyer du jour.

Pensez-y lorsque vous achèterez votre prochain steak et choisissez le avec soin, les traitements épouvantables subis par les animaux ne sont pas une fatalité ! Ce sont des choix collectifs contre lesquels nous devons tous personnellement lutter.


LIRE AUSSI :

http://www.monde-diplomatique.fr/2001/08/FARRACHI/15543

 

Marie



 

Certains se demanderont pourquoi un texte consacré à la condition des animaux domestiques paraît au sein d’un blog dédié à la nature sauvage et au rapport qu’entretiennent les hommes avec elle.

 

Mais pourquoi donc faudrait-il n’être sensible qu’au sort des animaux sauvages ? La violence infligée à toutes les formes de vie, notamment celles qui sont choisies pour nous nourrir, est indivisible. Les souffrances subies par les poules, les canards, les veaux de batterie valent celles endurées par les renards piégés en masse, les migrateurs mitraillés en plein vol ou les hérissons écrasés sur nos routes.

 

Ignore-t-on encore les pollutions insupportables générées par l’élevage industriel et concentrationnaire (mais il nous faudra évoquer plus tard les conséquences de certaines formes d’élevage dites traditionnelles) qui, mêlées à d’autres nuisances, conduisent nos sociétés à renoncer à boire l’eau de la plupart des sources ou à se baigner dans les rivières ? Ce ne sont là que deux exemples qui démontrent combien nous avons perdu en douceur de vivre.

 

Les défenseurs de la nature, observateurs souvent privilégiés du monde,  doivent ouvrir les yeux sur des évidences. L’élevage des animaux dont nous profitons de la viande ou du lait, entre autres, nécessite des quantités phénoménales de protéines végétales (on parle couramment de 10 kilogrammes de protéines végétales pour produire 1 kilogramme de viande), issues d’immenses surfaces de champs cultivés prises à la nature. Certaines sources estiment que deux tiers des sols cultivables aux Etats-Unis serviraient à nourrir le bétail ! L’eau n’est pas en reste : on parle de 15 à 17 000 litres d’eau nécessaires pour produire 1 kilogramme de viande !

 

Que chacun imagine en 2050 une Terre peuplée de 9 milliards d’êtres humains, c’est-à-dire 2,5 milliards de plus qu’aujourd’hui, dont une part de plus en plus importante voudrait un mode de vie et une nourriture « à l’occidentale ». Je ne fais pas partie de ceux qui envisagent sereinement ce scénario qui conduirait à l’anéantissement de pans entiers de la nature, précipitant et aggravant les inévitables conflits entre les hommes.

 

Combattre la souffrance subie par les animaux relève d’un choix moral au sens élevé du terme, propre à la réflexion et au choix de voies audacieuses. Je trouve vain et stérile d’aborder encore la question, comme s’il fallait se justifier, selon laquelle considérer la souffrance de l’animal reviendrait à occulter celle des hommes. Pourquoi donc faudrait-il choisir ? Je ferai sans doute bondir certains si je disais que ma préférence va à un monde beaucoup moins peuplé (il reste à trouver les moyens intelligents d’y arriver), où les hommes se nourriraient de peu de viande, rarement de viande d’élevage et bien plus souvent de venaison, puisque la place laissée à la grande nature autoriserait de prélever par tir sélectif ou de chasser respectueusement une part de la faune redevenue très abondante.

 

Chez nous le dernier saucisson mangé provenait d’un élevage de cerfs et de biches. Le résultat est une viande succulente, issu d’un élevage local, aux effets plus limités sur la nature. Les animaux y coulent des jours paisibles qui ne ressemblent en rien au long calvaire des animaux destinés, au terme d’une existence de souffrance, à remplir les rayons de la « malbouffe » où les 10 chipolatas sont vendus moins de deux euros. Nous avons payé plus cher, mais nous savons pourquoi. Nous ne sommes pas pour autant bien riches, nous nous sommes simplement réconciliés avec notre nature d’omnivore.

 

J’ai proposé à Marie d’aller lire l’article d’Armand Farrachi après qu’elle ait écrit le sien. Elle a été immédiatement enthousiasmée par le texte de cet écrivain. Je ne saurais trop vous en conseiller la lecture.

 

Enfin, serions-nous juste bons à nous faire abuser par la bouille, trop sympathique pour être honnête, de Jean-Pierre Coffe, maître-queux chez Leader Price, sans se poser la moindre question sur la portée de ses actes ?

 

Stéphan

 

Pour ceux qui n’ont pas été matraqués par les panneaux publicitaires disposés le long des routes :

leader price jean pierre coffe2


http://www.lepost.fr/article/2009/06/10/1571822_jean-pierre-coffe-son-pouvoir-d-achat-passe-avant-notre-sante.html

 

Ci-dessous, le lien pour écouter le message publicitaire de Jean-Pierre Coffe diffusé sur les radios. Edifiant !

http://blogopub.tv/jean+pierre+coffe+leader+price

 

feed lot américain, sur peu d'espace beaucoup de rendements. L'animal rentre alors qu'il n'est encore qu'un veau. Il passe de parc en parc jusqu'à l'usine, qui assurera sa transformation finale ...

Claude Gamby 19/08/2009 14:21

Inconnu, pourquoi envoyer un commentaire en se cachant?

Inconnu 16/08/2009 23:10

Intéressant cette manière de dénoncer ces méthodes d'élevage intensives, et en parallèle détruire le pastoralisme dans les Pyrénnées au profit de la réintroduction de l'ours...
Très intéressant.

Stéphan Carbonnaux 17/08/2009 23:28



Pourrait-il être possible d’élever un peu le débat et de ne pas toujours croire que les réflexions générales sont mues par la volonté exclusive du retour de
l’ours ? Il se trouve que, justement, lorsque nous avons rédigé cet article, nous n’avons pas pensé à la réintroduction du plantigrade … Il se trouve même que c’est moi qui en ai eu l’idée
et que je suis désormais formellement opposée aux réintroductions en l’état actuel des choses.

Pour quelle raison ? Tout simplement parce que je nous crois incapable d’œuvrer dans le sens d’un véritable retour de cet animal emblématique, aujourd’hui en France. Parce que, par respect
pour l’animal, je préfère le voir couler des jours tranquilles dans son pays d’origine, quand bien même il serait –malheureusement- tiré car il n’a alors pas le temps de voir la mort venir. Pour
conclure, cette fois au moins, sur la question, je trouve dommage qu’il nous faille, faute de notre inconséquence, nous satisfaire de forêts vides d’une grande part de leur faune, de cette faune
qui représente, par son absence ou sa présence, un puissant révélateur de la voie sur laquelle nous avons décidée de nous engager.

Il s’avère que nous sommes toujours dans l’ère de l’exploitation, d’un rapport unilatéral avec la nature, sans jamais véritable réciprocité, que nous continuons à naviguer contre et non avec
celle qui nous permet encore et pourtant de vivre. Je souhaiterais qu’il en soit tout autrement mais je n’ai pas envie de sacrifier inutilement des animaux qui paient déjà un lourd tribut. Je ne
peux que continuer à espérer que nous réveillions nos consciences au sens vrai du terme, que nous sortions des sempiternels et vains débats, que nous apprenions à redonner la place qu’il revient
à tout ce qui existe au-delà de nos vieux schémas d’exploitation brute. Bref, j’attends l’évolution de la gente humaine.

L’ours est un emblème, il ne doit pas devenir un sacrifié écartelé entre deux théories qui s’affrontent encore et encore en oubliant finalement quel est le véritable enjeu. J’ajoute et répète que
nos réflexions ne s’articulent pas exclusivement, loin s’en faut, autour de l’ours, que nous ne nourrissons pas une obsession à son égard, contrairement à ce que bon nombre d’individus prétendent
en ce qui concerne Stéphan. Il serait souhaitable que ses détracteurs en fassent de même, qu’ils tentent de l’oublier un peu, pour se concentrer sur l’essentiel.

L’ours est aujourd’hui quasiment absent des Pyrénées. Qu’ils s’en réjouissent s’ils le veulent, qu’ils passent à d’autres débats, plus vastes que l’existence de quelques rares et isolés
plantigrades. Néanmoins, il faudra jeter bon nombre de colifichets pyrénéens (cartes postales, peluches, publicités diverses etc.) qui utilisent et rentabilisent avec ostentation l’image d’un
ours qui n’est plus. Champagne !
Marie



Aurélia Puerta 31/07/2009 13:26

Morale : on est trop nombreux sur terre et trop con pour admettre qu'on va trop loin. On n'a pas le droit d'abuser impunément de la nature, la terre notre mère nouricière reprendra ses droits, si ce n'est pas déja commencé avec les catastrophes naturelles de ces dernières années... j'espère que l'espèce humaine payera pour ce qu'elle fait subir à la faune et la flore aussi bien sauvage que domestique !!!

clg@libello.com 30/07/2009 18:14

Pauvres bêtes et pauvre Jean Pierre Coffe!
Claude

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