Nouvelles et intemporelles de Dacie

  • Stéphan Carbonnaux

Deva, Transylvanie, le 29 juillet 2009,

Stelian radu [Résolution de l'écran]

« La crise économique montre ses dents et la pression sur le patrimoine naturel (y compris ou surtout sur les forêts) produite par le chaos politique, est très accélérée, malheureusement. »

 

Ces lignes sont extraites d’une lettre que j’ai reçue ce début d’août, de Stelian Radu, ingénieur forestier et chercheur roumain, rencontré lors du colloque international Biodiversité, Naturalité, Humanité, qui s’est tenu à Chambéry à la fin d’octobre 2008. Petit homme radieux et foncièrement chaleureux, Stelian Radu, dont on fêtait officiellement, à Deva le 17 octobre dernier, les 80 ans, et ses cinquante trois années d’activité scientifique dans le domaine sylvicole, est un homme hors pair.

 
Sa grande connaissance des forêts, son combat pour la préservation des sylves primaires lui ont valu la juste reconnaissance de ses pairs. A Chambéry il reçut d’ailleurs, des mains de Jean-Claude Génot et de Pierre Hainard, le grand prix spécial remis par le WWF en 2008 à un protecteur des forêts d’Europe, suivi d’une belle ovation des participants. Voici comment il accueille cette distinction : « Je considère ce prix comme une reconnaissance internationale de la valeur de notre patrimoine naturel, particulièrement pour l’existence en Roumanie d’une superficie d’environ trois cent mille hectares de forêts vierges, catégorie de forêts disparue depuis longtemps dans les pays d’Europe de l’Ouest. »

 

Il poursuit sa lettre et m’écrit qu’il est « toujours stimulé par l’encouragement des fidèles de la même religion sylvestre ». Dans un bistrot de Chambéry, nous sentions bien cela tant il aime s’entourer de gens plus jeunes que lui, parmi lesquels il est parfaitement à l’aise et rieur. Si j’en crois quelques phrases écrites pour un diaporama qu’il a consacré à Robert Hainard, Stelian est chrétien, mais manifestement de ces chrétiens qui n’ont pas perdu le fil, j’oserais dire la foi sylvatique, celle de Saint Bernard (1), celles de nos origines païennes, qui affleurent partout chez lui.

 

Stelian Radu est de ceux qui nous montrent le chemin un rien perdu de la forêt. Un chemin nous conduisant immanquablement vers cette Europe dite orientale, qui, me le rappelait si justement Alain Sennepin  (une figure discrète et essentielle que je présenterai sur ce blog), est en réalité le cœur de l’Europe. Ouvrons une carte et constatons que la ligne Cap Nord – Helsinki – Riga – Lvov – Sibiu – Sofia – Athènes, coupe l’Europe, de l’Atlantique à l’Oural, en deux parties équivalentes. Et où sont donc les vieilles et vastes forêts européennes aux faunes plus ou moins complètes ? En Biélorussie, en Pologne, en Slovaquie, en Ukraine du sud ouest, en Roumanie, en Serbie ou en Bulgarie, surtout.

 

C’est dire si le combat pour la grande nature sauvage qui subsiste en Europe est à mener dans ces régions aujourd’hui si convoitées par les agents du libéralisme mondialisé. Qu’on ne se méprenne pas cependant : le combat est tout aussi important en Europe occidentale, là où la forêt a reculé partout, là où elle devra retrouver toute sa splendeur et sa souveraineté. Le groupe « Forêts sauvages », auquel j’appartiens, a relevé depuis peu ce grand défi.

 

De sa Transylvanie, l’Ardeal des Roumains, Stelian Radu nous lance un appel, à nous habitants des pays qu’on dit riches, et pourtant si pauvres spirituellement parce qu’orphelins de notre grande matrice forestière, berceau de la religion sylvestre.

 

Allons donc en voyageur curieux dans les forêts du cœur de l’Europe, immergeons-nous au plus profond des sylves sans âge, revenons chargés de leur énergie si bénéfique, et, comme le clame Jean-Claude Génot, préparons chez nous le plus bel héritage qui soit : les forêts vierges de demain, celles que fouleront nos enfants.

 

« Le silence d’une forêt séculaire est ce qu’il y a de plus imposant (…) C’est le silence de la vie et pas celui de la mort. Ce silence, ne se manifeste pas comme un châle de tristesse, mais nourrit notre âme d’un vent rafraîchissant. Nous pouvons l’inspirer profondément, nous libérant ainsi momentanément des soucis de ce bas monde et puisant des forces nouvelles dans ce mystère où nos origines trouvent source » (A.D. Xenopol, La forêt séculaire, 1904).

 

Hauts les cœurs !

 

Stéphan Carbonnaux


Cliché 1 : Stélian Radu lors du Colloque "Biodiversité, Naturalité, Humanité" à Chambéry, fin octobre 2008  
Clichés 2 et 3 : à l'ombre des forêts séculaires ...
Crédits : Stéphan Carbonnaux

Quelques pistes :

–Le colloque de Chambéry a été fondateur : consulter le site www.naturalite.fr qui fourmille de documents et de nouvelles post colloque.

 

–On consutera aussi avec grand profit le site de Forêts sauvages : www.forets-sauvages.fr , sur lequel on peut s’abonner gratuitement à Naturalité, la lettre éditée par l’association (six numéros sont déjà disponibles).

 

–Bernard Boisson est l’auteur de deux ouvrages fondamentaux, La forêt primordiale, un magnifique livre d’images et de textes, et Nature primordiale, Des forêts sauvages au secours de l’homme, un essai, parus à l’automne 2008 aux éditions Apogée : www.editions-apogee.com



(1) On prête ces mots à Saint Bernard de Clairvaux : « Tu trouveras plus dans les forêts que dans les livres. Les arbres et les rochers t’enseigneront les choses qu’aucun maître ne te dira. » Le prénom Bernard trouve son origine dans le mot ours…

 

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