Conférence sur la place de l'ours dans les Pyrénées occidentales, organisée par Euskal Herriko Laborantza Ganbara le 27 janvier 2012 à Ainhice-Mongelos

  • Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet

 

Griffades d'un Mohican, Pyrénées occidentales

Griffades d'ours, haute vallée d'Aspe,

été 2007, © Artzamendi.


 

Euskal Herriko Laborantza Ganbara, la Chambre d'agriculture du Pays Basque (non officielle) organise le vendredi 27 janvier 2012 une table ronde sur la question de la place de l'ours dans les Pyrénées occidentales.

 

Cette soirée aura lieu au siège de EHLG, dans le village de Ainhice-Mongelos à 21h00.

 

Voici la présentation faite par Euskal Herriko Laborantza Ganbara :

 

"L’ours fait partie du patrimoine naturel des Pyrénées, mais également de son patrimoine culturel… Les réintroductions récentes dans les Pyrénées centrales ont provoqué de vives polémiques. L’objectif de cette table-ronde est d’échanger, du point de vue des paysans, sur la problématique liée à la coexistence entre paysans et ours dans nos montagnes.


Intervenants de la table ronde :


Jean Michel PARDE est un biologiste ayant réalisé une thèse sur l’écologie de l’ours dans les Pyrénées centrales dans les années 80. Il est également éleveur à Fos dans les Pyrénées centrales. Il abordera les aspects scientifiques liés à la biologie de l’ours.


Alain IRIART, président de l’ADEB (Association de défense des éleveurs de Basabürüa) et Jean Baptiste ZAMPONI, berger basque transhumant en vallée d’Aspe depuis plus de 15 ans donneront leurs témoignages d’éleveurs sur cette question."


Conférence tout public, entrée libre.


Renseignements : Bixente (06 74 51 89 60)

 

http://www.ehlgbai.org/ehlg/evenements/fr/conf%C3%A9rence-mensuelle-janvier

 

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Tête d'ours médiévale en pierre,

Etsaut, vallée d'Aspe,

© Grégory Carbonnaux.

 

 

Artzamendi - Nature, Sauvage et Civilisation se réjouit d'une telle table ronde, même si nous regrettons qu'elle ne soit pas (encore ?) ouverte à des personnes qui n'appartiennent pas au monde de l'élevage.

Ceci étant dit, la présence de Jean-Michel Parde présente un grand intérêt, dans la mesure où ce biologiste, devenu également éleveur, est un très bon connaisseur des ours (il fut sans doute le meilleur connaisseur des derniers ours autochtones des Pyrénées centrales). Il fut également l'expert nommé à la fin des années 1980 par l'association nationale ARTUS pour préparer la réintroduction des ours dans ces mêmes Pyrénées centrales.


Le public sait moins que Jean-Michel Parde rompit ses relations avec ARTUS lorsque ce dernier groupe choisit la Slovénie (d'abord celle des Alpes Juliennes, puis celle du Sud) comme source de l'importation des nouveaux ours dans les Pyrénées, en parfaite contradiction avec les conclusions de ses rapports d'étude remis à ARTUS.


On sait moins aussi que Jean-Michel Parde exprima des critiques argumentées contre le programme de réintroduction mené par ARTUS et la DIREN Midi-Pyrénées dans une lettre alors adressée au ministère de l’Environnement le 25 janvier 1996, soit quelques mois avant les premiers lâchers d’ours, lettre rendue publique via Internet en octobre 2010 par les associations ultra-pastorales ADDIP et ASPAP opposées aux réintroductions d’ours et à l’« ensauvagement » des Pyrénées.


Jean-Michel Parde écrivait à Gilbert Simon, alors directeur de la Direction de la Nature et des Paysages au ministère de l’Environnement. Sa lettre était également adressée aux six associations très impliquées dans le projet de réintroduction. 


Dans cette lettre J.M. Parde critiquait le choix de la Slovénie (« un pays qui n’a rien à voir avec les Pyrénées centrales »), le travail de la DIREN (« un service éloigné du terrain, des gens qui y vivent et de leurs réalités »), il constatait notamment que la coopération franco-espagnole n’était pas du tout développée, que le monde agricole n’était pas partenaire des tâches à accomplir et que « les actions de préparation indispensables, en particulier auprès des éleveurs et des habitants des communes concernées, ne sont pas et ne seront jamais faites, faute d’une analyse pertinente de la chronologie des tâches à programmer. »


 

Observations slovènes

Immensités sylvatiques slovènes et croates,

printemps 2007, © Grégory Carbonnaux.


En outre, Jean-Michel Parde annonçait le conflit social que nous connaissons dans les Pyrénées :


« Par la façon dont il est mené, le programme de réintroduction sera la source probable de prochains conflits avec les groupes sociaux les plus directement concernés par la présence d’ours. Cette analyse n’est pas originale puisqu’elle a été faite par A. Clevenger, expert reconnu internationalement. »


Enfin, J. M. Parde se dégageait de toute responsabilité dans ce projet qui pour lui n’était pas conforme aux recommandations internationales en la matière.


Cette lettre s’ajoutait à celle, non moins argumentée, de l’expert américain, Anthony Clevenger, alors chargé du projet de la réintroduction par la DIREN, et qui démissionnait des ses fonctions le 27 mai 1995. Sa lettre a également été rendue publique par l’ADDIP et l’ASPAP.


Anthony Clevenger motivait sa décision par une lettre envoyée au ministère de l’Environnement et à de nombreux responsables français et étrangers. Il critiquait durement la faiblesse ce projet dont les objectifs économiques et politiques primaient à ses yeux sur les objectifs de conservation des ours, il critiquait le travail d’ARTUS et refusait de cautionner scientifiquement ce projet.


« Je ne cautionne pas scientifiquement ce projet mal coordonné et où le rôle de chef de projet pourrait être utilisé comme simple exécutant d’un objectif que ne partage pas. Ma décision grave et réfléchie de ne plus participer à ce projet de réintroduction de l’ours brun dans les Pyrénées centrales n’est pas faite sans regret. »


Puisque ces deux lettres n’ont jamais fait l’objet du débat public qui s’imposait, on peut espérer qu’un début de discussion contradictoire puisse avoir lieu à l’occasion de la table ronde organisée par EHLG.


La présence du berger Jean-Baptiste Zamponi, qui a bien connu les derniers ours autochtones du Béarn, et qui a manifestement une position mesurée sur la présence des ours dans les Pyrénées, devrait enrichir la discussion.


Nous ne pouvons donc qu’encourager à venir tous ceux qui ont à cœur de débattre avec calme et sérieux de la place de l’ours, et par extension du sauvage, dans les Pyrénées. Plus de quinze ans après, il est temps de faire un bilan critique des lâchers d’ours, plutôt que de s’échiner à multiplier les coups médiatiques, les recours contentieux, les pétitions, les programmes de communication et tutti quanti.


 

P1080996--R-solution-de-l--cran-.jpgL'alliance avec la nature sauvage

est une nécessité vitale,

mais elle ne se décrète pas !

© Artzamendi.


 

 

 

Stéphan Carbonnaux


 

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marie ten 09/06/2016 09:28

JM Parde et Clevenger ont eu le courage de dire ce qu' ils avaient a dire en matière de reintroductions d ours sur les Pyrénées.
Argus devenue Férus ont introduits durablement sur les Pyrenees des pro ours et des anti ours .
Comment se fait il que personne n ait su leur désaccord et leur départ ?
L État Français devait dans le cadre des programmes d aménagement transfrontaliers compenser les perturbations par la réintroduction d ours.Il y avait des enjeux financiers considérables et on a été au plus facile en écoutant des personnes qui se vantaiekt de connaître la solution:en ce qui concerne pastoralisme la solution est connue 1984 plan ours.
Ce sont ces personnes qui avec la boursouflure des mots et leur arrogance ont proprement aide a la disparition des derniers ours pyreneens.

Stéphan et Marie Carbonnaux 10/06/2016 01:01

Nous vous remercions pour ce commentaire.

Les structures Ferus et Pays de l'Ours-ADET n'ont évidemment fait aucune publicité du départ de ces deux scientifiques : il fallait absolument que les ours soient lâchés pour des raisons diverses.

Lors d'un colloque auquel j'ai participé, à Lyon en février 2011 ou 2012 sur les réintroductions, Michel Terrasse (LPO) a cité Gilbert Simon, qui fut le promoteur des lâchers d'ours au ministère de l'Environnement avant de rejoindre Ferus, et qui disait à propos des réintroductions de vautours en Cévennes : "Il faut prendre son pied de son vivant !"

Il faut avouer que c'est l'expression d'une doctrine sérieuse, qui a fait, comme vous le soulignez, de jolis dégâts dans les Pyrénées...

Je profite de cette réponse pour annoncer que nous nous exprimerons sur ce sujet d'ici quelques semaines, après un long silence voulu.

Cordialement,

Stéphan Carbonnaux

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