Considérations d'un musicien sur le V-piano, le sens du progrès, le virtuel et le sort de la Terre

  • Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet

A-l-affut-des-ours--1600x1200-.jpgNous sommes heureux de publier un article écrit par Christophe Jodon, extrait de son site : http://cjdisc.pagesperso-orange.fr/ que je vous invite chaudement à visiter. Prenez notamment du temps pour l'écoute de son interprétation de la balade n°4 en fa mineur, opus 52, de Chopin, superbement illustrée, si l'on peut dire, par des clichés de la région de Nohant.

 

Christophe Jodon, un ami depuis plus de 20 ans (nous vivions dans le même village du Val d'Oise), est un musicien, également doué pour le dessin et l'aquarelle, qui a un sens aigu de l'observation. Il a hérité d'une forte conscience écologique venue de son père, Christian Jodon, qui fut un des tout premiers écologistes du Val d'Oise dans les années 1970 et confondateurs de S.O.S. Sylvie devenue Les Amis de la Terre du Val d'Ysieux, auxquels j'ai appartenu (voir le très riche site http://www.sos-valdysieux.fr/)

 

Ce texte, découvert avec enthousiasme voici quelques jours, a toute sa place sur Nature, Sauvage et Civilisation. Il démontre une nouvelle fois encore que la réflexion écologiste emprunte des chemins de traverse, et qu'il faut la rechercher souvent loin des groupes autoproclamés, chez les artistes par exemple qui sentent combien tout est lié.

 

Stéphan Carbonnaux

 

 

 

 

 Le « V-piano »

Virtualité et réalité, simulation, l’avenir ou pas ...

 

 

Le *V-piano est la rencontre du virtuel et du réel ou encore, de l’immatériel et du matériel. Il est une représentation matérielle et virtuelle de la pensée humaine lorsque celle-ci est géniale, c’est un morceau d’univers... Sa conception est très proche de **Pianoteq, un piano virtuel que j’ai eu l’honneur de tester parmi une équipe sélectionnée dans le monde entier (voir ici : http://www.pianoteq.com/testimonials), je salue au passage Philipe Guillaume, le génial concepteur de Pianoteq. Tout comme Pianoteq (pour les pianos virtuels), le V-Piano est un instrument fantastique car il correspond réellement à ce que le mot « progrès » signifie, en représentant un stade dans l’évolution des pianos numériques. Ce piano n’est donc pas un piano numérique de plus, il a une âme : non pas par les matériaux qu’il utilise comme un piano acoustique ; celle ci transparaît au travers du potentiel musical énorme de cet instrument bourré de mémoire. Je n’entends pas par « mémoire »,  celle dont on équipe un ordinateur mais toute l’intelligence humaine concentrée dans cet appareil.

 

 

V-pianoBien que le mot « numérique » ait une connotation plutôt négative lorsqu’on l’emploie pour le piano, il est un fait que si un instrument acoustique est vivant de par ses matériaux, la capacité à recréer en temps réel, sur un instrument électronique tel que ce V-piano, tous les évènements qui surviennent dans un piano acoustique joué, redéfinit totalement le mot en question. Au niveau « hardware », le toucher est remarquable, très proche d’un piano de concert bien réglé : il procure cette sensation de mieux jouer grâce à la précision extrême du clavier qui rappelle la minutie d’un Steinway D voire un Steingraeber E-272. Pour la partie virtuelle, le son de piano est un régal, il sonne très « acoustique » et qui plus est configurable à souhait. Cela en fait un instrument très vivant, nuancé et contrasté, pour peu, on oublie qu’il s’agit d’un instrument alimenté par de l’électricité. C’est une création d’artisans pour artistes, à moins que ce ne soit l’inverse (?). On peut régler la longueur des cordes du piano par exemple, ceci d’une façon virtuelle car il n’y a pas de vraies cordes dans ce piano mais une simulation de... Là où les pianos acoustiques de concert s’expriment au travers de la noblesse de leur matériaux, ce V-piano chante grâce à cet alliage d’aventure humaine embarqué dans ses composants électroniques.

 

Virtualité et réalité, simulation, l’avenir ou pas ...

 

La virtualité et la simulation sur ordinateur sont de plus en plus d’actualité dans de nombreux domaines comme la médecine, l’aviation, etc. C’est une quatrième dimension qui ouvre les horizons d’une ère nouvelle, où la science rejoint la conscience. L’environnement, « réellement » perturbé par la suractivité humaine et l’agitation générale que cette dernière engendre, est virtuellement recréé, numériquement revisité, faisant moins dès lors, l’objet d’autant de saccages. Il s’agit de « voyager » de façon virtuelle, en quelque sorte par la pensée. L’immersion dans le monde virtuel en l’occurrence en simulation est telle, que les sensations vécues sont très proches, tout au moins mentalement, de celles vécues en réalité. À la façon du rêve, la simulation est une seconde vie. Il devient de plus en plus problématique pour une humanité qui continue d’exploser démographiquement, d’appréhender l’avenir car, dans un monde saturé ou presque, il est difficile de prendre du recul pour analyser une situation et rectifier éventuellement le cap. Pour illustrer cette pensée, prenons une grande toile de maître exposée dans un musée ; par exemple les Nymphéas de Monet : alors que la peinture semble totalement abstraite vue de près, tout apparaît clairement dès qu’on s’écarte à une distance suffisante pour la regarder et l’analyser. Le monde virtuel (la simulation) permet ce recul nécessaire et autorise même la faute, là où dans la réalité elle est de moins en moins tolérée, que ce soit dans l’aéronautique, la médecine, l’économie, l’industrie nucléaire, etc. La simulation peut donc jouer un rôle très important dans l’analyse, la compréhension, l’anticipation de prises de décisions.

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À présent, pourquoi les gens voyagent ils de plus en plus ? Par nécessité me direz vous. Cette nécessité est une création des transports rapides via la mondialisation. Chacun a besoin d’évasion : échapper à une existence dont le quotidien routinier ressemble à une longue moisissure. La plupart des habitants de la planète vivant dans les zones urbaines, beaucoup aspirent de temps à autre à de grands espaces naturels lointains. Seulement « voilà », comme disent les personnes qui souffrent de formatage, cela n’est pas sans incidence pour la planète, donc, ni pour les êtres humains, ni pour toute forme de vie confondue, animale et végétale. Nous vivons à l’ère d’une aviation banalisée et débridée, engendrée par un système économie qui crée des besoins et surtout des dépendances. L’aéronautique j’aime beaucoup, moins l’économie qui l’a banalisée et encore moins la densité humaine irresponsable qui se transporte de cette manière, à tout va. N’oublions pas que dans notre monde, on dit bien « l’argent est le nerf de la guerre » : or, la dernière guerre mondiale a été gagnée en grande partie grâce à l’aviation, c’est dire son importance dans l’histoire de l’humanité moderne. Combien de personnes gagnent elles de « l’argent » (leur vie) directement ou indirectement grâce à l’aviation ? C’est énorme : l’industrie aéronautique est le nerf de la guerre... Aujourd’hui les mines de charbon ont été substituées par les aéroports. Ainsi, les comportements qu’il aurait fallu adopter, depuis au moins le début des Trente glorieuses afin de limiter la consommation d’énergies, l’effet de serre et, le plus important, la quantité d’êtres humains (par le contrôle des naissances et non par les guerres ou par les pandémies ou par les famines), sont pris à contre pied.

 

 

 

 

Ci-dessus : une vidéo sidérante montrant le trafic aérien mondial pendant 24 heures. Un point jaune représente un avion.

 

Synchronisé avec l’explosion démographique, le réchauffement climatique s’amplifie de la même manière, c’est ce qu’on appelle paradoxalement, l’effet boule de neige. Également synchronisée, la disparition des espèces animales et végétales. Quant à la planète Terre, elle ne se développe pas davantage en superficie. Comment parler alors de « développement durable » ? Lorsqu’on sait par exemple qu’il décolle dans le monde plusieurs avions simultanément chaque seconde et que ces avions consomment chacun en moyenne plusieurs dizaines de tonnes de kérosène ? Tout ça  au nom du développement économique ?! Ah, le bon « développement » ! Mot usurpé qui résonne toujours de manière positive car il évoque le développement d’une fleur, d’un être humain... Mais en réalité, « développement » est dorénavant, synonyme de fonte de la péninsule Antarctique et du Groenland, de misère sociale, de catastrophes écologiques majeures ; et pas dans 100 ans (trop facile) comme nous le « promettent » les émissions catastrophes de la t. v., cela a commencé hier, notamment en 1999 avec l’ouragan qui a dévasté les forêts françaises (et non « la tempête » comme disent les médias). Donc, se méfier dès qu’on entend causer « développement ».

 

Conclusion

 

Alors, avant d’embarquer à bord du plus gros avion (civil) du monde (qui est magnifique du reste), en survolant le plus haut pont du monde pour aller voir la plus haute tour du monde ou le plus grand barrage du monde ou tout autre superlatif le plus « développé » du monde, une façon de moins polluer la planète, consisterait à moins s’agiter, tout en se bougeant d’avantage, mais dans notre tête. Or, le monde virtuel permet cette transposition. Cela rejoint somme toute, la pensée de Pascal :

 

« Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. »

 

 

Épilogue

 

Heureusement, il y a aussi des gens qui créent les V-piano, les ***Pianoteq, les Flight Simulator pour partir très, très loin, ou d’autres encore qui ont eu la bonne idée un jour de s’appeler Mozart...

 

 

*http://fr.audiofanzine.com/piano-acoustique-virtuel/modartt/pianoteq-pro/editorial/tests/piano-construction-kit.html

 

http://www.midenews.com/innovations/1118-le-pianoteq-promet-de-revolutionner-le-piano-numerique.html

 

http://www.pianoteq.com/press/comm_presse_2009_02_19.pdf

 

http://www.pianoteq.com/modartt

 

**http://www.dailymotion.com/video/x83432_roland-v-piano-au-namm-2009-part-3_music

 

 

*** À propos de Pianoteq et de sa superbe collection de pianoforte, ce n’est pas sans émotion que je suis tombé sur le commentaire ci-dessous de Paul Badura-Skoda dont j’ai eu la chance un jour d’être l’élève au cours d’un Master Class, c’était à l’auditorium de

l’ École nationale de musique d’Angoulême, le 18 novembre 1987. J’avais joué la Fantaisie en ré mineur de Mozart.

 

« J'ai eu la surprise d'entendre « mon » Walter en jouant sur un clavier moderne ! Cette prouesse, réalisée par PIANOTEQ, est une merveille d'intelligence et d'art, j'admire la somme de connaissances engrangées par mes amis musiciens et ingénieurs et la pertinence de leur analyse : être capable de restituer toute l'échelle sonore d'un instrument, dans toute sa palette de nuances, à partir d'un échantillon de notes suppose une grande finesse d'analyse et une virtuosité d'écoute qu'aucun système informatique ne peut inventer. Bravo d'avoir su créer l'outil qui va au-delà de nos espoirs les plus fous ! J'attends la suite avec impatience. »

 

Paul Badura-Skoda's official site

 

 

Ci-dessous :

Paul Badura-Skoda

et Christophe Jodon,

Angoulême, 1987

Paul-Badura-Skoda.jpg

 

 

Christophe Jodon 

 

 

Sources des clichés : le V-Piano et le cliché du Master Class avec Paul Badura-Skoda proviennent du site de Christophe Jodon.

Les autres clichés ont été ajoutés par nos soins : portrait de Christophe Jodon à l'affût aux ours : S. Carbonnaux ; Nymphéas : Art Institute of Chicago ; Vidéo : http://blog.websourcing.fr/files/2008/09/worldair.jpg

jenofa 28/10/2010 14:11


Lumineux!
Tiens, il faudra qu'on en parle : le cousin germain de mon père, André Dumont, créa au milieu des années 60, l'Association de sauvegarde des forêts Sud Picardie Valois".
Le père de Christophe et lui se sont peut-être connus.


Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 28/10/2010 23:30



Bien heureux, Jenofa, que tu apprécies ce texte, en effet lumineux.


 


Ne pas hésiter à entrer en relation avec Christian Jodon via son site.


 


Bonne fin de semaine,


 


Stéphan



Marie 28/10/2010 09:39


Bonjour Monsieur Stéphan,

Je ne participe plus autant que je le souhaiterais à ce blog, par manque de temps, mais je suis cela de très près !

Cet article est très intéressant, assurément, comme tout ceux que tu proposes d'ailleurs. Néanmoins et en ce qui me concerne, rien ne remplacera jamais un beau et bon piano traditionnel, un beau
piano à queue. D'abord pour le plaisir et l'esthétisme de cette pièce, ensuite pour le son inégalable des cordes frappées par les marteaux ... C'est toute une poésie qui s'exprime-là et je ne
saurais y renoncer ... Aller voir et entendre un musicien, assister à son récital, et ne pas le regarder s'asseoir derrière son piano à queue serait, pour moi, une grande déception.

Enfin, je ne vois pas l'utilité de jouer sur un instrument électrique, quand bien même le résultat serait vraiment merveilleux, alors que nous obtenons déjà des merveilles avec des pianos
classiques, qui n'ont besoin que de l'énergie de leur maître et ami, pour exprimer leur génie. Il me semble qu'à l'heure actuelle, où nous devons nous tourner vers l'essentiel, ou du moins essayer
de le faire, il paraît difficilement compréhensible de défendre l'utilisation et le développement de pianos électriques.

Tout ceci n'est bien sûr que mon humble avis, mais de la part de quelqu'un qui coud sur des machines à pédale, difficile de s'attendre à autre chose !

Pour le reste, j'adhère au discours, bien sûr. Et j'ajoute que je trouve Christophe Jodon très doué par ailleurs, c'est un très bon pianiste. Il a eu la chance de recevoir ce don (à ce niveau-là,
je considère qu'il ne peut s'agir d'autre chose), et je souhaite qu'il l'exprime encore longtemps, pour lui-même, et pour le plaisir de son auditoire.

Longue vie à Nature, Sauvage et Civilisation, et à la Grande Musique !

Très cordialement, Monsieur Stéphan,
Marie


Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 28/10/2010 23:29



Bonsoir Mademoiselle Marie,


 


Je sais bien, pour t'entendre coudre toute la journée sur tes vieilles dames, que tu n'as guère le temps d'écrire sur notre blog commun.


 


Peut-être Christophe Jodon répondra-t-il à ton message, je le souhaite évidemment.


 


Longue vie aussi à La petite couture montagnarde de Marie et à ses Peugeot et Singer !


 


Stéphan



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