D’un versant à l’autre des Pyrénées : impressions de juin.

  • Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet

Voici quelques semaines il neigeait vers 1 200/1 500 mètres sur le Haut-Béarn, le soleil faisait d’assez rares apparitions, au village les oiseaux souffraient à l’image des mésanges et des hirondelles que nous surveillons de près sur la place. (Cf. article La vie est plus forte que la mort : petite histoire, en cours d'une nichée de mésanges charbonnnières).

 

 

Ce 17 juin 2012, il fait beau sur les Pyrénées béarnaises, et même assez chaud, si bien que nous décidons d’aller marcher en forêt non loin de chez nous, et d’explorer un coin que nous avons fréquenté à l’automne en quête de champignons.

 

Ancolie [1600x1200]

 

Les merveilles de ces mois printaniers sont incontestablement les fleurs ! Parmi la fo ultitude d’espèces qui se laissent admirer aux  bords des sentiers, les ancolies communes et les pavots du Pays de Galles abondent et surplombent les autres par leur taille. Une  douc e féérie de teintes mauves, bleutées, jaunes et blanches plus ou moins immaculées nous envahiAncolies sur le chemin, Ossau, juin 2012 [1600x1200]t et  nous portera toute   la journée à travers la hêtraie-sapinière. Quelques papillons argus bleutés, eux, nous accompagnent en début de promenade, à hauteur des prairies du bas du vallon. Les grives musiciennes et les roitelets dominent le concert des chanteurs.

 

Crédits photos : © Artzamendi.

Pavot Pays de Galles, entier, Ossau, juin 2012 [1600x1200]

 Pavot Pays de Galles, Ossau, juin 2012 [1600x1200]

 

Crédits photos : © Artzamendi.

 

Marie, qui a souvent l’œil plus aiguisé que moi pour les petites bêtes, vient de repérer sur le chemin une curiosité qu’elle ne connaît pas : un insecte au corps allongé qui courre puis s’envole avec grande difficulté devant nos pas. Une perle, sans aucun doute, qui n’est d’ailleurs pas très éloignée du gave, auquel elle est inféodée. Coléoptère, Ossau, juin 2012 [1600x1200]Plus loin, sur un talus humide, un coléoptère nous ravit par ses reflets intenses. Des bousiers se déplacent de leur démarche pataude ...

 

 

En quête d'euproctes, Ossau, juin 2012 [1600x1200]Un autre gave coupe le chemin, et voilà l’occasion de rechercher des euproctes, ces fameux amphibiens endémiques des Pyrénées, proches des tritons et salamandres, qui affectionnent les cours d’eau frais et oxygénés. L’observation diurne des euproctes des Pyrénées requiert patience, puisque ces animaux sont essentiellement nocturnes, même s’il m’est arrivé d’en voir de nombreux en plein jour sans avoir à les chercher. C’est jour de chance : un affût de quelques minutes suffit à en voir un sortir de Euprocteson abri sous une pierre plate. Visiblement dérangé par notre présence (j’ai soulevé une pierre voisine), l’euprocte file se cacher sous la berge, où Marie me retient de l’attraper : « Laisse-le tranquille ! ».

 

 

Crédits photos : © Artzamendi.

 

La-Mine--Ossau--juin-2012--1600x1200-.JPGQuelques lacets nous emmènent sur un promontoire idéal pour le pique-nique. Et c’est au pied d’un ancien domaine ruiné, de taille inhabituelle pour la montagne, que nous prenons soleil et grand air. Un domaine lié à l’existence d’anciennes mines signalées sur la carte IGN. Si la grande transhumance n’a pas encore commencée, des vaches et des chevaux parsèment les crêtes voisines, et du reste, la montée était nimbée du parfum du crottin de cheval, animal que Marie affectionne tant. Rares sont les rapaces que nous croisons. Nous apercevons néanmoins pendant notre pause un vautour fauve provenant sans doute de la colonie du Bas-Ossau et un milan royal qui niche çà et là dans la région. Ces rapaces-là, points dans le ciel tant ils volent haut, intéressent moins Marie qui leur préfèrent, et moi aussi, des observations plus rapprochées. Il faut dire qu'au village, nous avons coutume de nous régaler grâce notamment aux milans royaux qui évoluent au ras des toits en quête de pitance. Un spectacle à domicile ! Crédit photo : © Artzamendi.

 

Entrée de la galerie-mine, Ossau, bis, juin 2012 [1600x120

 

La galerie inondée, Ossau, juin 2012 [1600x1200]

 

 

 

 

 

Après une visite à la ruine -un rien dangereuse  !- nous trouvons une des galeries minières, courte et inondée qui ne révèle rien de particulier, si ce n’est une légère atmosphère souterraine qui évoque pour nous bien des grandes émotions. 

 

Crédits photos : © Artzamendi.

 

 

Aux abords du gave et d’une centrale hydroélectrique, deux truitelles fuient à mon approche.

J’inspecte les parties bétonnées avec l’espoir de découvrir une épreinte de loutre et reviens avec l'image d’une Ecaille, que je n’ai pas encore pris le temps d’identifier. Ce n’est pas l’Ecaille chinée, ce beau papillon, que nous observons parfois l’été au jardin , et dont les ailes antérieures  recouvrent des postérieures d’un orange ou rouge vif.

 

 

Crédit photo : © Artzamendi.

 

 

Papillon Ecaille, Ossau, juin 2012 [1600x1200]

 

 

Quant aux loutres, elles ont recolonisé une bonne partie du Haut-Béarn, et je trouve régulièrement  des indices de leur présence sur le gave dans la basse vallée d’Ossau, mais j’ai en ai aussi repérés bien en amont, comme sur le gave de Bious à 1560 mètres d’altitude. Du reste, les loutres montent encore plus haut dans les Pyrénées occidentales, et des échanges entre les populations des deux versants ont manifestement lieu depuis des années via les cols frontières.

 

La deuxième partie de la balade est plus sauvage, car nous quittons un chemin fréquenté (ce dimanche, nous avons croisé des randonneurs et leurs enfants qui jo uent à se faire des embuscades) pour un sentier surtout connu des chasseurs ou des chercheurs de champignons.

 

Après avoir pris de l’altitude, et franchi un chablis créé par une des dernières tempêtes, le chemin devient un  magnifique balcon sur le vallon  et les sommets alentours.

 

Chablis, Ossau, juin 2012 [1600x1200]

Chemin belvédère, Ossau, juin 2012 [1600x1200] 

 

Crédits photos : © Artzamendi.


 

Raiponce, vallée Ossau, juin 2012 [1600x1200]Une femelle  d’épervier, que nous dominons, cercle au-dessus de la forêt, et c’est probablement la compagne de ce mâle que j’ai vu disparaître à l’aller, tout  près de moi, avec souplesse entre les branches. Aux plantes déjà observées, s’ajoute une raiponce plantée là presqu’au milieu du sentier, signe de sa faible  fréquentation.

 

Une hêtraie-sapinière, de beaux fûts en bordure de chemin, du calme, ce que je pressens se vérifie, nous foulons un « boulevard des ours »  suivi (ou autrefois suivi) par le Réseau Ours Brun qui a posé là de petits bouts de grillage faisant office de pièges à poils. Une rapide inspection du piège se révèle négative, ce qui n’est guère étonnant puisque la population d’ours se réduit à deux mâles pour toutes les Pyrénées occidentales, l’un d’entre eux fréquentant encore régulièrement le Haut-Béarn.

Crédit photo : © Artzamendi.

 

Un boulevard des ours, Ossau, juin 2012 [1600x1200]

Piège à poils Ours, Ossau, juin 2012 [1600x1200] 

 

Crédits photos : © Artzamendi.


Arbre frayoir aux sangliers, Ossau, juin 2012 [1600x1200]Au sol, nulle trace d’ours, évidemment, mais des crottes de martre, et de belles traces de chevreuils et de sangliers qui, eux,  apprécient qAbreuvoir aux salamandres et tritons, Ossau, juin 2012 [160uelques grands sapins blancs pour se frotter une fois souillés dans la boue. Avant d’entamer une descente dans le bois, un abreuvoir tout rouillé nous retient quelques moments (il faut toujours fureter autour des points d’eau), d’autant qu’il y fourmille de jeunes salamandres et de tritons palmés étendus à la surface comme des baigneurs qui bronzent sur une plage. Notre approche les fait se précipiter sous la litière de feuilles et de vase, une courte attente et les voilà qui remontent. A l’observation, les salamandres, identifiables aux tâches claires à la base des membres, sont plus nombreuses que les tritons.

 

Cabane et sommets, ossau, juin 2012 [1600x1200]La descente, surtout parce qu’elle est rapide, n’offre guère de surprises. Près d'une cabane, quelques Juliennes des dames émergent des orties et d’autres plantes rudérales attirées par l’apport d’azote des troupeaux. Je jumelle les flancs d’une montagne propice aux isards, mais non, rien, malgré une bonne lumière. Il faut avouer que je ne prends pas beaucoup de temps à chercher, car nous avons faim et que nous avons décidé de passer de l’autre côté de la frontière pour changer d’ambiance et nous sustenter dans une auberge aragonaise. Crédits photos : © Artzamendi.

 

 

Sabots de Vénus 1, Aragon, juin 2012 [1600x1200]S’il est déjà tard, la nuit n’est pas encore tombée sur le Haut-Aragon, et nous profitons de cette virée espagnole pour aller admirer une des très rares stations de sabots de Vénus des Vipérine, Haut-Aragon, juin 2012 [1600x1200]Pyrénées, un endroit très surveillé tant la plante est rare et recherchée. Pour Marie c’est une découverte, et si les « Zapatitos de dama » - tel est leur nom espagnol -  la ravissent, elle s’extasie tout autant devant les autres orchidées présentes, une vipérine, et surtout, un Eglantier au bord de la route. Il est vrai que la rareté a trop souvent tendance à nous faire oublier la beauté des espèces dites communes que nous avons quotidiennement sous les yeux. En quoi un rosier sauvage est moins beau qu’un sabot de Vénus ? Ou, en quoi un renard est moins extraordinaire à voir qu’un ours ?  

Crédits photos : © Artzamendi.

 

HPDuc mort à Sallent-de-Gallego, 18 juin 12 [1600x1200]

 

 

Quand nous quittons le village de Sallent-de-Gallego, où l’on finissait de fêter les brujas (sorcières), la clarté solaire résiduelle est encore suffisante pour offrir de superbes visions de sommets découpés sur le ciel. Nous reprenons la route nourris et enrichis de belles images de nature et d’atmosphères ibériques, quand une bête gisant au milieu de la route et absente à l’aller, attire notre regard et nous conduit à faire demi-tour. Un hérisson ? Non, elle a des plumes. Un hibou petit-duc ! Je ne m’attendais pas à en trouver à cette altitude de 1 300 mètres. Il est très chaud, les yeux presque vivants, tant et si bien  que nous pensons qu’il va se ranimer. Las, il est mort et vient d’être tué par un automobiliste trop pressé. Il est évidemment magnifique dans sa livrée tout en nuances de marron, de beige et de gris. Quelle tristesse de tenir un tel être mort au creux de sa main !

Crédit photo : © Artzamendi.

 

 

 

A Marie qui pense immédiatement à la nichée de petits-hiboux orpheline de son père ou de sa mère, je la rassure en lui rappelant que la nature connaît son lot de drames mais aussi de joies, ce qu’elle sait fort bien. Et nous, fidèles à nos habitudes, rentrons à faible allure, évitant, côté français, de nombreux crapauds communs qui se tiennent sur la route en cette belle nuit de juin.

 

Pena Foratata, Aragon, juin 2012 [1600x1200]

Peña Foratata, Sallent de Gallego, juin 2012. Crédit photo : © Artzamendi.


 


 

Stéphan Carbonnaux

 

 

Philippe 29/08/2012 17:40

Bonjour et merci à vous deux, je viens de faire une belle balade en votre compagnie. Merci. Philippe.

Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 05/09/2012 23:48



Bonjour Philippe, seul le temps manque pour écrire d'autres récits. A bientôt j'espère dans les montagnes, Stéphan



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