Donau, Dunaj, Duna, Dunav - Дунав, Dunărea : nostalgie et nouvelles autour du grand Danube + un voyage en musique !

  • Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet

 

 

Danube-et-Save--Belgrade-1999.jpg Les articles précédents consacrés aux rivières sauvages ravivent en moi des souvenirs et pensées danubiennes, d'autant qu'un projet international pionnier et de grande envergure émerge actuellement de l'Autriche à la Serbie (lire peu après).

 

Que devient-il ce majestueux Danube gravement pollué trois fois en dix ans, lui qui recueille déjà les émissions de nombreux pays industrialisés ?

 

La majestueuse confluence de la Save et du Danube à Belgrade.

Cliché (S. Carbonnaux) pris en décembre 1999, depuis la forteresse du Kalemegdan.

La Save, à gauche, qui coule depuis la Slovénie, rejoint ici le Danube, à droite.

Au centre, l'île de la guerre, comme les Français l'appelaient autrefois, lorsque Autriche-Hongrie et Serbie, trouvaient là leurs frontières. Une île désormais très sauvage et riche d'oiseaux.


 

La dernière fois, au début de l'automne 2010, en Hongrie, le déversement de près d'un million de mètres cubes de boues toxiques, dans un de ses affluents en aval de Budapest, occasionnait une gigantesque catastophe écologique, tuait ou blessait plusieurs personnes. La responsabilité des dirigeants d'une usine d'aluminium, propriété d'un millionnaire local, a été très vite montrée du doigt. On n'en parle plus chez nous. Les "actualités" balaient les faits les uns après les autres.

 

Précédemment, le 30 janvier 2000, un "accident", dans une mine de Roumanie rachetée par une multinationale occidentale entraînait quantités de polluants, dont du cyanure, dans son affluent La Tisza, anéantissant toute forme de vie sur des dizaines de kilomètres. Ce fut une des pollutions majeures d'un cours d'eau en Europe, vite évacuée. Comme en Hongrie, on avait sans doute voulu faire des économies...


Un-des-ponts-de-Novi-Sad-detruit-par-l-OTAN--exposition-au.JPGEt, entre le 24 mars et le 10 juin 1999, l'agression de l'OTAN contre la Yougoslavie  causait de graves pollutions directes du Danube. Plusieurs installations industrielles, dont celles de Pantchevo (Pančevo, Панчево), furent en effet bombardées et/ou détruites. Rares furent ceux qui osèrent en parler, encore plus rares furent ceux qui osèrent dénoncer ces agressions et leurs conséquences. Le sujet est toujours tabou.

 Exposition de photographies des ponts sur le Danube

détruits par l'Otan à Novi Sad (Serbie) en 1999.

Cliché pris pendant l'été 2007 sur les rives du Danube (S. Carbonnaux).


Si j'avais déjà traversé le Danube lors de brefs séjours en Allemagne, c'est à Budapest  à Pâques 1991, que le fleuve m'avait impressionné. pour la première fois. Sa largeur, évidemment,  surtout la nuit, donnait grande majesté à la capitale hongroise, qu'un ami franco-hongrois  nous faisait découvrir. Sur un des ponts, il nous disait : "Tu as vu, la Seine ce n'est rien du tout à côté !", lui qui pourtant aime tant Paris. J'avais aussi senti combien ice Danube  charriait d'histoire, de géographie, de culture, de langues, de nature, alors que je découvrais pour la première fois l'Europe centrale.


 

Le-sauvage-en-pleine-ville--confluence-de-la-Save-et-du-Dan.jpg

La confluence du Danube et de la Save, à Belgrade, écrasée par la chaleur du début d'été 2007. Le sauvage en plein coeur de la ville.

Cliché : S. Carbonnaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est en Serbie que j'ai un peu goûté de la vitalité de ses forêts riveraines aux immenses saulaies. Lors de mes passages à Belgrade (Beograd - Београд), je regarde avec force envie l'Ile de la Guerre, si sauvage en plein coeur de cette ville de plus d'un million d'habitants, envahie de voitures, souvent étouffante de chaleur dès le mois de juin. Et combien j'ai aimé musarder dans les marais danubiens de Novi Sad, - Нови Сад , grouillants de vie, immenses pour un Français habitué aux marais "timbres postes". J'en avais la tête qui tournait.


 

Atmosphère danubienne, Serbie [1600x1200]

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Barques à fond plat sur bras mort du Danube, et vue de la ripisylve, aux abords de Novi Sad, Serbie, début de l'été 2007.

Clichés : S. Carbonnaux.

 

 

Cette présence d'un grand fleuve sauvage aux portes d'agglomérations modernes est très revigorante, physiquement et psychiquement. Force est de constater, que, sauf exceptions, l'Europe occidentale a perdu cette chance, que seules des initiatives politiques majeures pourrait nous redonner.

 

 

Bassin-du-Danube-copie-1A l'heure actuelle, c'est une initiative politique et écologique sans précédent en Europe qui vient d'être lancée par cinq pays d'Europe centrale et balkanique : l'Autriche, la Hongrie, la Slovénie, la Croatie et la Serbie. En marge d'une réunion informelle des ministres de l'Environnement de l'Union européenne, ces 

cinq états ont très récemment signé un accord pour créer une réserve naturelle commune du sud de l'Autriche à la Serbie (et dans ce pays, jusqu'à la frontière avec la Bulgarie).

 

Crédit de la carte : Wikipédia - Licence Creative Commons - Réalisation Pline


Cette réserve aurait une superficie de quelque 800 000 hectares, elle est déjà qualifiée de "plus grande réserve d'Europe de zones humides" par le Fonds mondial pour la nature  - WWF. Elle englobera les abords du Danube, de la Drau (ou Drava ou Drave) et de la Mur (ou Mura) en Autriche, en Slovénie, en Hongrie, en Croatie et en Serbie.


Cette réserve sera "une première dans la région et la première créée par cinq pays", a souligné le ministre hongrois du Développement rural Sandor Fazekas. Les cinq pays vont mettre sur pied une équipe de coordination de 15 personnes, qui vont faire les démarches nécessaires pour l'obtention du statut de réserve naturelle. Les ministres ont qualifié cet espace d'"Amazone de l'Europe", grâce à sa biodiversité.

 

Pour en savoir plus sur le Danube :

http://www.unesco.org/water/news/newsletter/143_fr.shtml


Seul le temps nous permettra de dire si ce projet augurera ou non d'une nouvelle ère écologique et politique. Reste que ces cinq pays, dont trois issus de l'ancienne Yougoslavie, démontrent que le Danube et ses affluents est un des grands liens entre l'Europe occidentale et centrale et l'Europe balkanique.

 

Nous vous proposons alors de voyager, d'ouest en est, grâce à trois morceaux de musique ou des chansons dédiés au Danube. Nous avons volontairement mêlé les genres.

 

Commençons par le célébrissime, et superbe, "Le beau Danube bleu," du compositeur autrichien Johann Strauss, ici interprété par son compatriote Herbert von Karajan :

 

 

 

Pour la Hongrie, nous avons trouvé cette chanson de Iren Lovasz and Teegrass, "Szeles as a Duna" ("Large est le Danube"). Iren Lovasz est une chanteuse de folk hongroise et Teegrass un groupe de Moravie, en République Tchèque. La présentation de l'album "Szeles as a Duna" insiste sur le lien puissant que constitue le fleuve entre l'Europe de l'Ouest et l'Europe de l'Est, et rappelle combien la mosaïque des peuples est riche sur les terres d'Europe centrale. Il en est de même dans les Balkans, qu'on peut qualifier de "macédoine" de peuples, tant ces derniers sont imbriqués les uns dans les autres.

 

 

 

Voici enfin "Dunavsko Horo" du duo Stoyanova, formé par les soeurs jumelles Ketty et Boyana Stoyanova, excellentes guitaristes de renommée internationale, née en 1980 à Plodiv, en Bulgarie.

 

Bonne écoute et bon voyage !

 

Stéphan Carbonnaux

 

 

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