L'autre leçon de Tchernobyl - Чернобыль

  • Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet

Prypiat--vue-generale.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La forêt recouvre petit à petit Prypiat', dans la zone d'exclusion de Tchernobyl.

 

Le 26 avril 2011, a donc marqué le vingt-cinquième anniversaire de l’explosion de la centrale de Tchernobyl –Чернобыль Чорнобиль, qui entraîna la catastrophe que l’on sait. Ou que l’on cache en partie, puisque, comme me le confiait un membre de l’Organisation mondiale de la santé, lors d’un voyage d’études il y a près de 20 ans, le bilan des victimes humaines était déjà bien supérieur aux chiffres officiels annoncés. Cet homme me disait d’ailleurs qu’il ne pouvait pas en dire plus, et surtout pas publiquement…

 

 

Nous écrivons cet article en mémoire des victimes passées, notamment des « liquidateurs » qui se sacrifièrent, des victimes présentes, et, malheureusement, à venir, de cette épouvantable catastrophe. Et puisque nous avons une compassion tout aussi forte pour les autres êtres vivants, nous le faisons aussi pour tous les animaux qui ont péri en masse et souffrent des radiations émises par les radionucléides. Contrairement aux hommes, qui, pour certains, ont pu fuir les zones les plus contaminées, les bêtes sauvages n’ont pas eu cette chance, et l’on estime que dans un rayon assez large la très grande majorité des formes de vie sont mortes à la suite de l’accident.


La « leçon » de Tchernobyl ne peut pourtant se résumer à cet accident et à la volonté des hommes d’arraisonner sans cesse un peu plus la Terre, afin d’assouvir l’impérialisme d’espèce qui semble constituer notre seule doctrine (la dernière ?).


Une autre « leçon » de Tchernobyl, déjà évoquée ici (Lire : Lutte des classes chez les animaux ), est cet extraordinaire retour de la vie sauvage dans la zone d’exclusion des 30 kilomètres autour de la centrale nucléaire. Malgré toute la prudence nécessaire, et si des études restent évidemment à mener sur place, nous constatons à Tchernobyl – Prypiat’ При́пять  - (При́п'ять - Prip'yat’), soit en territoire autrefois très industriel et peuplé, que le relâchement quasi-total de l’emprise humaine a créé là-bas une sorte de Yellowstone européen, toutes proportions gardées, où grands herbivores (chevaux primitifs, élans, cerfs, chevreuils, sangliers) et carnivores sauvages (loups, lynx et ours), reprennent leurs marques au milieu de forêts, friches et marais en voie de réensauvagement accéléré.


Comme l’évoque Alain Senepin dans un article très renseigné et éclairant, « Radio du poumon » : http://europe-tigre.over-blog.com/article-revelation-72283712.html, la contamination des eaux de la région est néanmoins un sujet majeur d’inquiétude pour les communautés humaines, animales et végétales. Dans la perspective d’un retour des tigres occidentaux, dont il est un des fervents défenseurs, Alain Sennepin énonce même : « L'évolution de cette région au cours des décennies à venir (aussi bien sur le plan des activités humaines que des conséquences biologiques de la radioactivité) sera déterminante pour l'organisation d'un plan d'ensemble pour un réseau de "Tigrovaya Balka" européennes au 21ème siècle » et de renvoyer à son article "L'Europe, enfin" : http://europe-tigre.over-blog.com/article-l-europe-enfin-71464922.html).


Quel que soit l’avenir, et préférant parier sur une résistance supérieure de la vie face à la mort nucléaire, nous émettons les vœux les plus chers pour la région de Tchernobyl – Prypiat’, qui a tout pour devenir, certes avec un statut particulier, un laboratoire vivant d’études du retour à la vie sauvage et d’une réconciliation des communautés humaines avec la grande nature européenne.

Bayerischer-Wald.jpgLa création involontaire de cette réserve de vie sauvage, démontre que dans la partie très « développée » de l’Europe, des territoires peuvent être laissés sans la moindre intervention humaine, et pour le plus grand bénéfice de tous, êtres humains compris. Nous ne manquons pas de faire le rapprochement avec cet autre territoire d’exception qu’est le Parc national du Bayerischer Wald et son pendant tchèque, le Parc national de la Šumava – Choumava : http://www.nationalpark-bayerischer-wald.de/ et http://www.npsumava.cz/cz/. Dans cette région qui abrite le plus vaste domaine boisé d’Europe centrale, la doctrine du « Laisser faire la nature » gagne du terrain, surtout en Allemagne. Ce sont déjà 25 000 hectares qui évoluent sans la moindre gestion. Le dernier numéro (n°9, printemps 2011) de l’excellente lettre Naturalité comporte un article très éclairant de M. Hans Kiener, directeur du Bayerischer Wald : « Restaurer le cœur sauvage de l’Europe ». Vous pouvez télécharger gratuitement ce numéro, et les précédents, sur le site de Forêts sauvages : www.forets-sauvages.fr

Dans notre Europe si aménagée, l’existence de territoires tels ceux de Tchernobyl et du Bayerischer Wald apparaissent comme des priorités absolues. En France, où les protecteurs de la nature passent trop de temps à « gérer » des réserves « timbre poste », ou à attendre des lâchers d’ours-ballons au bon vouloir de l'Etat, rares sont ceux à travailler à la mutation anthropologique qui rendra possible l’existence de territoires de haute naturalité.

Artzamendi - Nature, Sauvage et Civilisation : www.artzamendi.fr

oeuvre évidemment dans cette direction.


Stéphan Carbonnaux

 

Crédits : http://www.photopumpkin.com/photo-blog/pripyat-ghost-city/

http://storify.com/barockschloss/innovationcamp


Lurbeltz 07/05/2011 19:18


Il me vient une réflexion que je me fais souvent. On accuse les écolos d'êtres des rêveurs qui s'intéresse plus au petit oiseaux, aux fleurs aux mammifères qu'aux humains. je le dis tout net, en
tant qu'écolo, en tant humain, tout ce qu'il se passe actuellement sur la planète m'inquiète surtout pour les humains. La nature a le temps. Nous autres humains agissons comme si le temps
n'existait plus. Il y a juste un éternel présent que l'on doit remplir jusqu'au bord, que l'on doit garder comme si on pouvait tout retenir à notre unique profit. Je ne parle pas du présent :
"Carpe diem" des philosophes. Sinon nous vivrions comme si nous étions éternel et comme si à la fois nous allions mourir demain. L'obésité du présent économique et productiviste est bien différent,
égoïste, dominant, aveugle.
La nature a le temps, et partout sur nos cendres, elle renaitra. D'une autre manière sans doute mais elle reviendra. Mais l'humain et la belle histoire qu'il pourrait construire n'aurait
probablement plus sa place. Mais c'est surtout à court terme que le péril nous guette.
Non je suis écologiste et si je défends les ours, les grenouilles verte, les abeilles, c'est pour les humains, pour notre avenir à court terme. Je dirais qu'il y a même un réflexe de survie, car je
pense à mes enfants, et à ceux que nous allons leur laisser. Je suis inquiet d'abord pour les humains, car je les vois se prendre pour des démiurges et se mettre à penser qu'il pourrait vivre sans
ce qui existe autour d'eux (même si pourquoi c'est la même chose qui existe en eux). Aveuglement quand tu nous tiens !


Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 09/05/2011 22:29



Oui, tu as raison Laurent, la nature, comme disait Robert Hainard "aura le dernier mot, ou plutôt celui qui n'est pas le dernier". Ceci dit, nous sommes capables de
lui infliger de très grosses pertes, et je pense surtout aux espèces vivantes et à leurs milieux de vie.


 


Nous pensons que des lieux tels que Tchernobyl ou le Bayerischer Wald, et je pense évidemment plus au second, car il est accessible au plus grand nombre, sont à même
de faire naître un nouveau rapport entre les sociétés humaines et la nature. Mais, comme tu le soulignes, le temps presse !


 


Stéphan


 



Patrick PAPPOLA 05/05/2011 21:24


Vraiment, je ne vois pas très bien pourquoi tous ces sous-entendus et ces allégations... En plus, je pense vraiment que nous sommes d'accord. Tant pis, une fois de plus...
Le ton que vous utilisez ne donne vraiment pas envie d'aler plus loin.
Il n'y avait aucun blocage militant(ou psychologique!) de quelque ordre que ce soit dans mon commentaire puisque je valide l'idée selon laquelle en effet la zone contaminée a permis à la nature de
reprendre ses droits. Est-ce tabou de dire qu'il s'agit d'une nature blessée ? Nous le disons vous et moi il me semble. Allez, j'arrête là, c'est pas la peine, le dialogue n'est pas au rendez-vous.


Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 06/05/2011 13:31



Le dialogue existe puisque nous publions tous les commentaires reçus et y répondons. Que les réponses plaisent ou non, c'est autre chose.





Par ailleurs, à nous relire, je ne trouve pas que notre ton soit propre à te rebuter, toi qui te coltines des personnes agressives sur des forums internet.





Je note aussi que nous avions ouvert une discussion l’an passé, au moment de la parution de mon essai Le Pays des forêts sans ours, à laquelle tu avais
participée (voir : http://stephan.carbonnaux.over-blog.com/article-parution-de-plainte-contre-la-france-et-du-pays-des-forets-sans-ours-46947527-comments.html#anchorComment)
 Il était question de rouvrir le débat après lecture de cet essai, et rien n’est venu de ta part, tout comme de la très grande majorité des personnes concernées de près par la protection des
ours. Du reste, simultanément, une chape de plomb officiel s’est abattue sur ce livre, qui a sidéré le milieu associatif, sauf exceptions.





Sur le fond, tout comme Alain Sennepin, nous maintenons que des blocages psychologiques naissent dès qu'il s'agit de la question nucléaire.





Oui, à Tchernobyl, la nature est blessée. Mais, si nous rappelons aussi cette réalité, nous avons surtout écrit l’article « L’autre leçon de Tchernobyl »
avec la volonté de défendre les espaces non maîtrisés par les hommes. Nous l’avons aussi écrit, parce que seule l’observation dans la longue durée nous permettra de tirer des conclusions
sérieuses.





Sache enfin que nous sommes toujours prêts au dialogue, la preuve une fois de plus. Cependant, et pour des raisons que tu connais parfaitement, et que nous n’avons
pas à exposer ici, un dialogue détendu n’est évidemment pas facile entre nous.





Stéphan


 



Alain Sennepin 03/05/2011 21:39


Je salue ta synthèse excellente sur ce sujet psychologiquement délicat mais qu'il faut savoir affronter, comme toi, en scientifique résolu, au delà des slogans et des postures simplistes,
témoignages navrants d'une grande ignorance des réalités de la vie sauvage.
Concernant Tchernobyl, le journaliste Evgeny Souvorov, membre de la société russe de géographie,qui a beaucoup échangé ces derniers temps avec mon ami le naturaliste Zenhya Kashkarov sur la
faisabilité effective du projet "Dragon vert" que je porte, a bien noté sur son site la crédibilité d'une présence de grands fauves à Tchernobyl, qu'il fallait évidemment organiser pour permettre
des sociocompatibilités viables, AVANT TOUTE AUTRE CONSIDERATION. Nier l'impact des radionucléides serait stupide. Nous en indiquons, toi et moi, précisément et sur des aspects concrets, qui
peuvent nous être les plus chers, leur dimension dévastatrice. En faire l'unique paramètre d'évaluation amène - et comment pourrait il en aller autrement ? - à des conclusions tellement fausses
qu'elle ne méritent, à mes yeux, guère d'autre commentaire.
Merci, Stéphane.


Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 04/05/2011 20:39



Ton commentaire, Alain, vient donc après celui d'un militant associatif de la défense de la nature, qui s'arrête aux impacts des radionucléides sur les êtres vivants
de la région de Tchernobyl. Le sujet est sensible et  créé des noeuds psychologiques chez nombre de militants écologistes. Nous en savons aussi quelque chose aussi en matière de défense de
la grande faune, notamment des ours dans les Pyrénées.





Nous pensons, comme toi, et ayant rappelé toute la prudence en la circonstance, qu'il est un peu court de faire de l'impact des radionucléides l'unique paramètre
d'évaluation, ainsi que tu l'écris.





La défense de la vie sauvage, de la naturalité, de la vie en biodiversité totale,  ne doivent à nos yeux n'être fondées que sur des observations et des faits de
tous ordres. Si des faits et des observations ne collent pas à notre idéologie, alors il faut faire évoluer notre idéologie.





Merci de nous renseigner sur ces Russes qui voient très loin.





Stéphan



Patrick PAPPOLA 03/05/2011 14:01


Attention à trop d'enthousiasme vis à vis des territoires "libérés" par la catastrophe nucléaire de Tchernobyl : ce qui arrive à l'ours arrive un jour à l'Homme dit-on, de même, comment imaginer
que ce qui arrive à l'Homme puisse épargner la faune et la flore ? Certes à Tchernobyl, la fuite de l'homme a permis à la Nature de reprendre le dessus. Mais, comme il fallait s'y attendre, à moyen
terme déjà (qu'en sera-t-il à long terme ?), la faune est clairement GRAVEMENT malade et affaiblie par les radiations. Une récente étude du prof. Tim Mousseau le montre :
http://www.20minutes.fr/article/712571/planete-25-ans-apres-retombees-tchernobyl-restent-danger-environnement


Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 04/05/2011 20:20



Attention, notre volonté n'est pas de nier les problèmes gravissimes engendrés par l'explosion de la centrale de Tchernobyl. Du reste, notre texte est très clair et
rappelle toute la prudence qui doit être de mise en la circonstance.





Ce que nous cherchons surtout à montrer, et qui a été à nos yeux bien éclairé par le reportage "Tchernobyl, une histoire naturelle ?" (désormais disponible à la
vente sur le site de Arte), c'est la capacité de la vie sauvage à reconquérir les espaces autrefois maîtrisés par l'homme. Et, quelles que soient les convictions de chacun sur la question
nucléaire, force est de constater dans la zone d'exclusion de Tchernobyl un retour spontané d'un certain nombre d'espèces.





Par ailleurs, nous recommandons le reportage cité ci-dessus, car il expose les travaux et certaines conclusions du professeur américain Tim Mousseau (notamment sur
les hirondelles très touchées par des malformations), mais aussi les travaux d'autres chercheurs. Si, une nouvelle fois encore, la prudence doit être de mise, nous avons été assez étonnés de
certaines observations, concernant les mammifères, et portant à croire que certaines espèces, tout au moins, tolèrent certains niveaux de radiation. Les moins résistants auraient, évidemment, été
éliminés, laissant place aux individus plus aptes à résister aux radionucléides.





Quoi qu'il en soit, si nous avons fait le parallèle entre Tchernobyl et le Bayerischer Wald, c'est pour défendre la richesse de territoires non gérés par l'homme, et
dont l'Europe moderne a un immense besoin.





Le grand enjeu sera la création de tels territoires non contaminés par l'explosion de telle ou telle centrale nucléaire.



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