Le gouvernement du Monténégro a décidé de noyer un joyau de la nature et de la civilisation !

  • Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet

 

Moraca kroz LjevistaNous sommes très heureux et honorés de publier ci-dessous un extrait de L'Eternité menacée de la Moratcha, un très bel ouvrage de l’écrivain et journaliste Komnen Becirovic (Comnène Betchirovitch).

 

Nous renvoyons les lecteurs vers le récent mémoire du même auteur, "Défense de la Moratcha contre le déluge" que vous trouverez en cliquant sur le lien ci-après

 

 

 

http://www.tvorac-grada.com/ucesnici/komnen/moracha12345.html

 

qui est une parfaite illustration de la défense de la nature et de la civilisation, au sens où nous l’entendons et la vivons également, Marie et moi.

 

Ci-dessus : La Moratcha sauvage et limpide au chant immémorial  

 

 

Moratcha dans son canyon de toute éternitéAssurément, même si nous ne l’avons pas encore vue de nos propres yeux, la Moratcha est une des plus belles rivières d’Europe, l’une de celles qui, malgré l’éloignement, vous transporte à sa seule évocation. Moratcha, Tara, Drina, Kolpa : l’ancienne Yougoslavie recèle quelques trésors que nous serions bien avisés de connaître et de préserver à tout prix. 

 

Ci-contre : La Moratcha en crue dans son canyon vieux de 30 à 40 millions d'années

  

 

 

 

 

KBecirovic au LovcenVoici quelques années, j’ai rencontré Komnen Becirovic, justement originaire de la haute vallée monténégrine de la Moratcha, qui ne cesse de se battre pour cette part merveilleuse du monde menacée par de sinistres projets de barrages hydroélectriques. Aux côtés de l’écologiste suisse Frantz Weber, il a mené bien des campagnes internationales, soulevé des montagnes d’indifférence et de mensonges, et a empêché avec d’autres, le pire de se réaliser.

 

Ci-contre : Komnen Becirovic au sommet du Lovtchène, en 1969

 

Livre L'éternité pour la Moratcha

J'avais déjà lu son livre L’Eternité menacée de la Moratcha, publiée à Paris aux éditions L’Age d’Homme (1998), la rencontre avec son auteur me confirmait que le combat pour la Moratcha était de ces combats vitaux contre la barbarie. Du reste, Komnen Becirovic s’illustre depuis des décennies en défense de la beauté, du sacré et de la vérité.  

 

Ci-contre : Couverture du livre Défense de la Moratcha contre le déluge, illustrée par la rivière, le canyon et l'église de l'Assomption (1352)  abritant la célèbre fresque Saint Elie au désert

 

Lorsque le monde médiatique n’était pas ce qu’il est devenu, on pouvait lire ses articles dans le quotidien Le Monde, comme « Adieu à un sanctuaire » publié le 6 décembre 1972 après la destruction de la chapelle du Mont Lovtchèn, où reposaient, selon sa volonté, les cendres de Pierre Pétrovitch Niégoch, prince-évêque du Monténégro et poète célébré dans tout le pays et la Serbie voisine. A cette époque, le saccage était commandé par le régime communiste de Yougoslavie, ce même pouvoir qui entendait, déjà, noyer la Moratcha. 

 

La Yougoslavie fédérale, qui n'était pas sans évoquer l'Europe d'aujourd'hui, a été démembrée, les régimes en place sont désormais libéraux, les projets nuisibles, évidemment, ressurgissent tels des hydres infernales. A l’heure qu’il est le gouvernement du Monténégro, sourd aux appels de nombreuses associations (dont Ekolochka Drjava Crna Gora dite Green Home, www.greenhome.co.me, il existe une version anglaise du site) et de personnalités du monde entier, a lancé un appel d’offres pour la construction de quatre barrages. Il s’agit officiellement d’exploiter le « formidable potentiel énergétique » de la Moratcha pour reprendre les termes banals et effrayants des revues économiques.

 

Comble de l’hypocrisie et de la fourberie, le gouvernement du Monténégro entend se distinguer en Europe par sa politique « écologique », ce qui, à l’heure des immenses impostures que nous subissons, devrait éveiller la méfiance de tout un chacun. On peut d’ailleurs lire sur le site de l’ambassade de France au Monténégro ce sophisme du Premier ministre Milo Djukanovitch : « Tout en respectant les futures générations, il faut que nous tenions compte également des générations actuelles ». Le même chef du gouvernement d’ajouter que rien n’avait été entrepris dans le domaine énergétique durant les 30 dernières années et que tous les déficits (énergie électrique, échange extérieur, etc.) étaient en hausse. Encore une fois, les intérêts à très court terme devraient l’emporter sur la préservation de la plus belle nature et des plus belles créations humaines. Nul doute, évidemment encore une fois, que certains intérêts particuliers de conglomérats et d’une hyperclasse financière qui investit dans les Balkans, eux, seront préservés.

 

La même source diplomatique révèle que « parallèlement, la pétition initiée par l’ONG Green home, s’opposant à l’actuel projet de construction des centrales hydroélectriques a recueilli environ 14 000 signatures. En raison du grand intérêt que cette initiative a suscité auprès des citoyens, la pétition continuera de circuler dans toutes les villes du Monténégro. »

 

Monastère de la MoratchaSi nous laissons le soin à Komnen Becirovic de développer le sujet, nous dirons aux lecteurs francophones que la Moratcha, outre qu’elle est encore une rivière riche de superbes formes de vie, est aussi un canyon majestueux, et enfin le siège d’un des plus beaux monastères du Monténégro. Son église de la Dormition de la Vierge fut construite en 1252 sous les ordres du prince Stéphane Némanitch.

 

Ci-contre : Le monastère de Moratcha dans son site naturel condamné à la submersion par un lac artificiel qui viendrait battre les fondations de l'édifice.

 

  

Studenica 1

Ci-contre : La laure de Stoudénitsa, mère des monastères serbes, édifiée entre 1183 et 1196.

 

 

 

Monastère de Studenica bisA l’été 2007, alors que je voyageais en Serbie, j’avais absolument tenu à passer quelques jours à Studenica (Stoudénitsa), un autre monastère fondé par le prince Némanitch. J’avais dormi au konak (l’établissement qui héberge les visiteurs), j’avais assisté, très ému, aux offices chantés comme il se doit en terre orthodoxe. 

 

La beauté des fresques me submergeait, je voyais des gens baiser les tombes des grands princes, puis après discussions et échanges avec des Serbes fort curieux de me voir seul en ce lieu, j’avais pris le chemin de la montagne, la Goliya Gora, où je rêvais d’un loup surpris au soir dans une prairie. Je m’étais gorgé de soleil, de stridulations d’insectes, les papillons pullulaient, deux aigles chassaient sur les plateaux. En descendant, une paysanne m’avait invité à manger une confiture de fraises bois, à boire un café turc et un raki, un homme me prenait dans sa voiture et m’invitait à dîner de la viande grillée, les succulents tchévaptchitchi, au bar du village. Le lendemain matin, au bord de la rivière Studenica, je découvrais des crottes de loutre, survolé par une nuée d’hirondelles rousselines enfiévrées. Ce furent parmi les plus beaux moments de ma vie.

   

Certes, je ne connais pas encore la Moratcha, mais je suis sûr que nous pouvons y vivre des moments analogues à ceux que j’ai passés à Studenica. De tels lieux qui marient avec sublime harmonie la nature, le sauvage et la plus haute civilisation doivent impérativement être préservés des assauts de l’anti-civilisation.

 

 

Stéphan Carbonnaux

 

Portrait de Komnen Becirovic

 

Komnen, fin des années 90Chantre de la Serbie éternelle avec ses Lettres des sanctuaires serbes, qu’il publia naguère dans Le Monde et ailleurs, l’homme du mont Lovtchène, haut lieu serbe de par la célèbre chapelle abritant les cendres du grand Niégoch, qu’il défendit contre la profanation et la destruction par le régime titiste ; combattant pour la sauvegarde de sa Moratcha natale au Monténégro central, avec ses biens inestimables de la nature et de la civilisation sur lesquels plane toujours le spectre du déluge, qu’il relate dans L’éternité menacée de la Moratcha, Komnen Becirovic est sur le point de publier ses Rencontres lointaines avec une pléiade d’auteurs français, parmi lesquels Mauriac, Malraux, Sartre, Aragon, Gabriel Marcel, Jacques Prévert et d’autres, dont il fut un interlocuteur privilégié à ses débuts de journaliste et d’écrivain dans les années 1960. En outre, il a publié une trilogie kossovienne aux éditions L’Age d’Homme, dont le dernier volet Le Kossovo sur le calvaire est paru en 2009. 

 

 Ci-dessus :  Komnen Becirovic

Enfin, il réunit en un fervent Plaidoyer pour la Russie, ses textes sur les thèmes russes, dont son grand texte sur Soljénitsyne, paru en version sensiblement abrégée dans le dernier numéro de la revue Le Messager orthodoxe au début de 2009. 

 

La Moratcha et son histoire
 

"L'histoire du peuple de la Moratcha est un poème homérique"

 

Egor Kovalevsky, 1841

 

Une nature magnifique intacte. Il est peu de contrées en Europe où I'on rencontre sur un espace relativement limité comme celui de la région de la Moratcha (1.100 kms) au Monténégro central, une telle diversité de formes de relief, une telle richesse de végétation, une telle abondance des eaux, mais aussi une telle pureté de l'air et du ciel et une paix sans âge. Le pays est en effet préservé jusqu'à présent des assauts de la civilisation. Des monts rocheux aux pyramides, aux pics, aux têtes géantes façonnées par des forces cosmiques, y alternent avec des terrains plus pacifiés, couverts d'herbes et de forêts. Quoique impressionnantes, ces montagnes n'écrasent ni n'effraient l'homme ; elles lui donnent au contraire le sentiment d'être à sa mesure et que lui sont accessibles leurs plus hautes cimes (plus de 2.200 mètres) que dore le soleil du matin et du soir où, la nuit, s'allument les astres. C'est en plein enchevêtrement de ces montagnes, à la base des plus hauts sommets de Lola et de Loukavitsa dont les falaises forment l’amphithéâtre de Vragodo, le Val du diable, que jaillit dans un bruissement formidable parmi des hêtres centenaires et des rochers couverts de mousse, la rivière Moratcha. Ses merveilles commencent à sa naissance. Elle descend en cascades qui se transforment en véritables cataractes lors de grandes pluies ; elle traverse plus paisiblement le village de Liévichta dans la direction de l'est, avant de tourner vers le sud à travers le pays qui se nomme tout entier d'après elle : Moratcha.

   

Komnen Becirovic

 

 

Retrouvez plus en détail l'histoire de la Moratcha et du nécessaire combat qu'il faut mener pour elle à l'adresse suivante : 

 

http://www.tvorac-grada.com/ucesnici/komnen/sve.html

 

Sur le même site, vous pouvez lire dans son intégralité L'Eternité menacée de la Moratcha, en langue française.

 

Toutes les légendes sont de Komnen Becirovic

 

Sources des clichés : collection personnelle de Komnen Becirovic, sauf le canyon de la Moratcha : Frantz Weber, et le second cliché de Studenica : Stéphan Carbonnaux

 

 

 

Martin Schneider-Jacoby 18/05/2010 14:47


Extra, superbe - this article has to be translated in Montenegrin language. Qui - this river hosts the culture of Montenegro and not just water for Lake Skadar. Merci! Hvala! Danke!


Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 18/05/2010 21:27



Bonsoir Martin, 





Thank you for your message. We are very happy to read such a reflexion. As you say, Moratcha isn't only water. It's really essential to preserve sanctuaries of
nature and civilization. We don't appreciate how humans can give them the right to destroy places of nature like Moratcha.





We have to mobilize ourselves and many people and groups around us.


 


 


Bonne nuit, laku notch, gute nacht,


Stéphan et Marie



Claude 18/05/2010 12:11


La Moratcha, quel nom merveilleux pour une si belle rivière et un si grandiose canyon!
Et apprendre que des "barbares" veulent détruire de telles beautés,c'est à pleurer de tristesse et de rage.
Honte à nous qui détruisons ainsi cette nature sauvage!


Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 18/05/2010 12:16



Merci Claude pour votre message. En effet, nous devrions prêter le plus grand respect à la nature qui s'exprime si majestueusement à la Moratcha. Il est scandaleux
et tellement triste de savoir à quels desseins certaines personnes la destinent ! Pourvu qu'elle soit sauvée, elle qui respire la vie !





Marie



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