Le retour d'Artza ou la queue du Mickey ?

  • Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet

Un des principes de ce blog a été dès son origine de permettre à Marie et à moi d’exprimer librement ce que nous ressentions, et d’ouvrir un débat, nous voulons dire un vrai débat contradictoire, sans censure, chose rarissime aujourd’hui, malgré de bien trompeuses apparences. Par ailleurs, suite à certaines difficultés qui nous ont contraints à prendre du recul sur toutes ces affaires ursines, nous avons révisé nos jugements sur de nombreux points. Cette période a permis de sortir la tête du guidon et d’y voir plus clair.

 

Marie a écrit spontanément son texte « Non aux nouvelles réintroductions de plantigrades dans les Pyrénées ! » Ce texte a déjà suscité des réactions parfaitement opposées, ce qui nous réjouit évidemment. La réaction vive de Ludovic montre combien en matière ursine les raisonnements s’évanouissent au profit des passions les plus incontrôlables. Moi qui connais Marie depuis presque un an et demi, qui partage sa vie 24 heures sur 24 avec elle, qui l’ait vu  à mes côtés défendre ardemment, et en première ligne, l’ours dans les villes et villages des Pyrénées, avec qui nous avons guetté l’ours dans la forêt slovène, je sais quelle est sa fascination et son amour pour cet animal, parfaitement désintéressés et sans calcul, qui surprennent souvent. Dès lors, comment son texte peut-il être présenté comme une émanation fleurant la propagande dite « anti-ours » ? Ou comment un ami qui a posté un commentaire, a-t-il pu comprendre que Marie désirait presque la disparition des ours ?

 

Après 16 ans de vie et de combat écologique dans les Pyrénées, qui ont vu s’éteindre les derniers ours autochtones et arriver quelques ours originaires du sud de la Slovénie, je sens combien l’envie d’ours est forte chez les défenseurs de cet animal. C’est ainsi que la plupart des personnes - les figures connues ou anonymes, compétentes ou pas sur la question -, abandonnent une grande part de leur raison dès qu’il s’agit de lâcher des ours et surtout des ourses. Car derrière l’ourse, chacun voit l’ourson ou les oursons, ce qui entraîne alors la perte quasi définitive d’un usage normal des capacités de raisonner. Nous tombons alors dans une dimension purement émotionnelle, presque tripale, qui, dans certains cas, peut générer des comportements parfaitement anormaux chez les amis des ours, aussi « humanistes » soient-ils. Il est vrai qu’une autre dimension, dont nous parlerons peut-être une autre fois, pollue singulièrement la défense de l’ours (et c’est un secret de Polichinelle) : l’éternel pouvoir autocratique que certains veulent exercer sur les autres. Car il n’existe pas d’animal sauvage plus politique que l’ours en France, avec toutes les conséquences que cela implique.

 

Depuis les premiers lâchers, en 1996, l’Etat a compris quelle arme politique il avait sous la main. A très bon compte, sans vision à long terme, sans dépenser beaucoup d’argent (quoi qu’en disent les ultra pastoraux), il donne le change devant l’opinion nationale et même internationale. La faillite de la protection des ours des Pyrénées est ainsi en grande partie occultée par les lâchers d’ours de Slovénie dans les Pyrénées, une opération somme toute assez facile à mettre en œuvre. Car, n’oublions jamais, que nos autorités étatiques, locales et associatives n’ont pas su conserver les ours présents dans les Pyrénées depuis la nuit des temps, avant que les hommes ne colonisent les vallées. C’est ainsi que la mort de l’ourse Cannelle a signé la fin d’une histoire de centaines de millénaires, et de 5 à 7 000 années de relations avec les hommes. On ne « remplace » pas (j’emploie ce verbe très inapproprié, car il a été utilisé par le mouvement de défense de l’ours), si facilement une lignée d’ours par une autre. Et, nous ferions bien d’écouter de près les Slovènes, très vexés du sort subi par leurs ours, car ils pourraient être tentés de fermer les « vannes »…

J’ai cité dans mon Cantique de l’ours cette phrase prononcée par un chasseur qui nous louait un mirador d’observation : « Je ne comprends pas pourquoi les Français viennent voir les ours en Slovénie, leurs chasseurs les tuent. » Vous avez bien lu, c’est un chasseur, du peuple, qui a prononcé ces propos qui en disent très long. J’ai écrit aussi quelle vexation a subi le peuple slovène de savoir ses ours rejetés par une frange de la population pyrénéenne, une frange minoritaire, certes, très activiste, mais une frange tout de même. Mais qui sait sonder le cœur des Slovènes ? Cela suppose de passer du temps avec eux, de les comprendre et de sentir un peu ce qu’est l’âme slave. Passer en Slovénie pour capturer les ours, se faire plaisir à les observer depuis des miradors, emmener d'autres faire la même chose, c’est un peu court.
Cliché ci-dessus : En Slovénie, à l'heure du schnaps, sous une gravure lupine de Robert Hainard.

 

Il est grand temps que les défenseurs de l’ours fassent cet effort de remettre en question leurs habitudes de pensée et osent l’inévitable aggiornamento qui permettra, nous l’espérons, d’enfin repartir sur des bases solides et saines. Pour les néophytes, un des moyens impératifs d’y parvenir est de s’affranchir des diverses tutelles qui empêchent cette remise en question. Point besoin de chaperon, ni de « spécialiste » ni d’« expert » pour sentir et comprendre la situation désastreuse de l’ours dans les Pyrénées. Il faudra cependant beaucoup de temps (sans lequel rien ne se fait), d’imagination, de recherche sur le terrain et dans les livres(1) (les archives, très riches, n’ont été consultées par presque personne), de rencontres avec les uns et les autres, pour saisir combien le sujet est bien plus difficile, complexe et glissant qu’il n’y paraît. Mais pour paraphraser Saint Bernard de Clairvaux, on apprendra beaucoup plus dans la montagne et dans les forêts que dans les livres. Cette quête de l’ours, cette quête de sens sera longue et semée d’embûches plus ou moins visibles.

Une bonne connaissance du droit, du fonctionnement des associations, de la psychologie et de l’anthropologie, seront également très utiles, si l’on décide de devenir membre actif et désintéressé (au sens où l’on ne sera pas venu parce qu’on est en mal d’autorité ou que l’on a un intérêt à promouvoir) d’une association.

 

Afin que les choses soient très claires, et mes propos non déformés par certains (à l’image des pratiques utilisées par les ultrapastoraux adversaires de l’ours), j’affirme une nouvelle fois que je me bats pour le retour de l’ours dans les Pyrénées, c’est-à-dire, j’ose le dire, le retour d’une population forte de plusieurs centaines d’individus sur les deux versants de la chaîne, y compris en piémont où l’ours sera plus chez lui que dans la haute chaîne. J’ajoute que j’attends le retour naturel des loups sur toutes les Pyrénées, que je suis favorable à des lâchers expérimentaux sur de grandes superficies de bisons d’Europe et de chevaux de Przewalski et/ou de Tarpans (comme dans les Alpes du Sud et ailleurs), que si le lynx a réellement disparu, je suis favorable à ce que les Pyrénéens (les personnes qui habitent les Pyrénées, quel que soit leur pedigree) réfléchissent à sa réintroduction en prenant le temps nécessaire, et que j’approuve enfin la réintroduction du bouquetin, freinée pour des raisons imbéciles depuis plus de 10 ans. J’affirme aussi que je me bats pour l’existence de vastes forêts non exploitées dans les Pyrénées, qui seront un refuge pour des espèces non médiatisées, tels que les insectes, les champignons, les lichens ou certains oiseaux, et une chance inouïe pour les hommes modernes que nous sommes. Pour reprendre la très belle formule de Bernard Boisson, les forêts sauvages viennent au secours de l’homme.

 

Je précise pour les mal comprenants que je ne suis pas favorable à la disparition des bergers (au contraire !), que je n’agis pas pour la disparition des hommes dans les montagnes (nous y habitons, nous sommes contents de trouver un boulanger qui livre le pain chaque matin, ceci n’étant qu’un simple exemple). Cependant je suis favorable à une redistribution de certaines activités, comme l’élevage. Car, au nom de quelle conception philosophique dangereuse, le pastoralisme devrait-il lutter contre tout ce qui le dérange, et contre certaines espèces qui peuplaient la montagne avant la colonisation humaine ?

 

Ne nous leurrons pas, le retour de l’ours occupera plusieurs générations humaines, et tout ce que nous faisons sans le temps nécessaire, eh bien, pour reprendre cette expression si juste de Jaime Semprun, le temps ne le respectera pas. Le retour de l’ours ne se confond donc pas avec les lâchers, médiatisés ou non, de quelques ours bardés d’électronique, assurés d’être dérangés, surtout par des éleveurs ultra pastoraux et des chasseurs qui ne veulent subir aucune contrainte (à l’image de conducteurs qui rédigeraient le Code de la route !), mais aussi parfois par des techniciens à qui l’Etat demande chaque fois de gérer encore plus la faune sauvage (les clichés de la capture de l’ours Papillon, publiés sous le dernier article de Marie, ou certaines images de l’émission « Envoyé spécial », sont à cet égard édifiants). S’agiter parce que l’Etat décide de lâcher de nouveaux ours dans les Pyrénées, nous fait penser à ces enfants qui s’excitent au manège pour attraper la queue du Mickey.

 

Le meilleur service à rendre aux ours, c’est de réfléchir, puis de poser une vision pour les 50 ans qui viennent, doublée d’une éthique ferme. Je rêve de connaître des Pyrénées peuplées d’ours (pas de quelques animaux sur des îlots séparés les uns des autres), d’autant que je sais le bonheur d’évoluer sur un territoire peuplé par des ours. J’entends mes amis qui disent que sans lâchers rapides d’ours, il sera trop tard, on ne reviendra pas en arrière. Je pense que c’est faux, car nous avons surtout envie de le voir de notre vivant. Cependant, nous « jouons » là avec des êtres vivants, eux aussi, sortis de leur forêt dans laquelle ils vivent si bien, transbahutés, opérés, plus ou moins dérangés et persécutés selon les vallées pyrénéennes, sans grand respect pour eux. Je ne vois pas pourquoi ce serait aux ours de s’adapter à nos exigences, à nos caprices d’écologistes assez gâtés, à notre fin de civilisation, alors que, justement, le retour de la grande faune ne se conçoit, au fond, pour moi, qu’avec un changement de civilisation. Un changement total. Cela aussi je l’ai fait sentir dans Le Cantique de l’ours.

 

L’artiste, philosophe et naturaliste, Robert Hainard, lançait ainsi aux mammalogues français réunis pour leur premier congrès au Creusot le 3 décembre 1977 : « Je vous souhaite une pensée aussi souple que l’échine de la fouine, chaude comme le sang, moelleuse comme la fourrure, veloutée comme la nuit. »

 

Comme c’est brûlant pour chacun d’entre nous ! Mettons-nous dans la peau de l’ours, dans son mental, apprenons un peu à penser comme lui, et nous ferons sans doutes quelques grands pas.

 

Stéphan Carbonnaux

 

PS : Je précise que Marie Coquet qui ne s'est jamais présentée sur ce blog (cela viendra) est amoureuse de la nature depuis l'enfance, est géographe de formation, et se passionne pour les Pyrénées et l'ours depuis plusieurs années, ce qui l'a conduite à vivre avec moi ici dans les Pyrénées.

Elle a écrit :

 

- « L’Ours brun et les société rurales montagnardes des Pyrénées françaises : des rapports complexes », mémoire de Master 2, 153 pages, Université d’Angers, département  de géographie, 2006-2007, pour lequel elle a obtenu une mention bien

 

- en collaboration avec Farid Benhammou, « La restauration de l’ours brun dans les Pyrénées françaises : entre politique environnementale et crise-mutation du monde agricole », Norois, Presses universitaires de Rennes, 2008

 

Elle a été chargée de mission bénévole par l’association Ferus de la première session de « Parole d’ours », pendant l’été 2008 (quand bien même son nom n’apparaisse nulle part).


(1) Beaucoup ne présentent qu’un intérêt mineur ou se répètent, sont desséchés, sans aucune espèce de sensorialité, mais c’est à chacun de se faire sa propre opinion. Exceptés les ouvrages purement biologiques, deux livres sont incontournables à mes yeux : L’ours, seigneur des Pyrénées, (1971, et nouvelle édition très enrichie en 1988) de François Merlet et La Cause de l’ours (1993) de Claude Dendaletche, tous deux épuisés, mais à chercher chez les bouquinistes et sur internet.

 

Ludo 05/11/2009 08:30


Bonjour à vous,

1) Comment arriver à une population d'ourse viable dans l'avenir sans maintien (et donc renforcement) de l'actuelle (et résiduelle) ?

C'est cette question qui me fait continuer à défendre et à vouloir l'arrivé de nouveaux ours en France.

Vouloir une solution pérenne (donc forcement à long terme), c'est avant tout imaginer toutes les possibilités car, on peut avoir des intuitions sur l'avenir et l'orientation que prendront nos
sociétés, mais c'est un socle bien mouvant sur lequel s'appuyer :

2) Et si jamais dans 50 ans la forêt recule ? Et si l'homme revient nombreux vers la montagne ? Croyez-vous qu'il sera possible de voir revenir l'ours seul et pensez-vous qu'il sera accepté ?

Voilà une des autres raisons qui fait que je maintiens ma position (avant de lire vos commentaires, car j'imagine que ce sont des questions que vous vous êtes posé depuis bien longtemps), pour moi,
il vaut mieux une faible population que pas de population du tout. Ce n'est pas que la situation actuelle me convienne, c'est simplement que je pense que pour arriver à notre objectif commun : des
ours en quantité dans 200 ans (on va dire ça comme ça), le point de départ est plus solide avec 20 ou 30 ours qu'avec 0 ou 5.

Reste le problème du dérangement des ours, mais je continue de penser qu'un ours qui vivra ses 25 ans dans les Pyrénées, même malgré le voyage, et même malgré les battues (qui finiront peut-être
par être interdite en zone de présence quand même...) est plus enviable qu'un ours qui vivra 8 ans chez lui. Mais j'avoue que c'est là une appréciation aussi personnelle que la vôtre et que si je
connaissais mieux la sensibilité de l'ours, je changerais d'avis.

Bien à vous,

Ludo


Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 12/11/2009 14:59



Bonjour Ludovic,


Pardonne mon retard à te répondre.


 


Comme bon nombre de naturalistes qui ne s’expriment pas ou plus, je ne vois pas dans l’actuelle opération de renforcement un projet
réellement écologique.


Je suis aujourd’hui du même avis, et reviens en fait à ma position exprimée dans les années 1990, et connue de bon nombre des défenseurs
de l’ours dans les Pyrénées.


 


Avant même d’imaginer le retour de l’ours, d’une façon ou d’une autre, il conviendrait de se demander pourquoi nous ne sommes pas parvenus
à le sauver dans les Pyrénées. Sans cet état des lieux préalable, comment pouvons-nous imaginer que les mêmes erreurs ne se reproduisent pas ? Ce que vivent les ours actuellement prouve que
ce bilan n’a jamais été fait (quelle que soient les apparences) du côté de l’Etat et du côté associatif. 


 


Ce que nous réserve l’avenir est par définition imprévisible. Je préfère parier et me battre pour une humanité moins nombreuse et
réconciliée avec la nature. Si le contraire l’emporte, alors il ne faudra pas parier lourd sur la survie d’une nature libre et sauvage chez nous.


 


Tu parles de 200 ans pour arriver à une population viable d’ours. Cela pourrait aller beaucoup plus vite (certaines expériences
européennes le démontrent), sous réserve évidemment de lever quantité de blocages dans la société. Et nous en sommes loin.


 


Quant au sort des ours de Slovénie lâchés dans les Pyrénées, il est à mes yeux très peu enviable. Les plus vieux sont là depuis 13 ans et
mènent, je pense, une vie bien plus difficile que dans leurs forêts slovènes natales, que je connais maintenant assez bien. On pourra rétorquer que c’est difficile de parler à leur place, mais
j’estime qu’arracher à sa forêt une bête aussi sensible et territoriale qu’un ours, ne peut finalement se concevoir qu’après un grand luxe de précautions, sans opération chirurgicale, sans
« gérer » l’ours tel un objet d’étude faussement scientifique, etc.


 


J’ai déjà beaucoup écrit sur la question et je m’arrête là. Le grand barnum qui accompagne la « protection » officielle de
l’ours dans les Pyrénées, finit par occulter l’existence et la protection d’une myriade d’espèces, notamment forestières, dont tout le monde ou presque se contrefichent. Il ya la une belle
matière à réflexion et action.


 


Bonne fin de semaine,


Stéphan 



Aurélia Amazonours 02/11/2009 12:50


Stéphan, lorsqu’on te lit, on pourrait croire que certaines personnes qui font partie d’associations, qui consacrent leur temps libre et leur énergie à une cause, y trouvent un certain intérêt. Je
trouve cela très contradictoire et peut-être révélateur d’autre chose. Qui sait peut-être que ton fort intérieur comprend ce dont je veux parler ?

Doit-on comprendre que tu es pour le renforcement de la population d’ours dans les Pyrénées, lorsque tu expliques que tu te bats « pour le retour de l’ours dans les Pyrénées ». Sachant que tu
racontes que tu es pour la réintroduction du bouquetin dans les Pyrénées, qui a totalement disparu, ou encore pour un projet de réintroduction de lynx. Autrement dit, tu es pour le fait que l’homme
donne un petit coup de pouce à la nature, afin de réparer des erreurs passées, mais je l’ai bien compris tu es pour un changement des mentalités qui précéderait un renforcement de population
ursine.
Ce qui permet de rebondir sur l’avis de Marie sur le sujet « Non aux nouvelles réintroductions de plantigrades dans les Pyrénées » et finalement tu serais peut-être plutôt de cet avis.
Cet avis est-il vraiment temporaire du fait des mentalités actuelles ou est-ce finalement définitif ?

Forcément, toutes les personnes qui veulent voir de la biodiversité survivre dans nos montagnes, n’imaginent pas cela possible sans un changement de comportement et de mentalités de la part des
hommes. C’est en partie, ce pourquoi se battent les associations de protection de la nature et pour l’ours.
Le travail des associations de protection de la nature est fondé sur une remise en question de nos habitudes, de nos comportements et sur un besoin évident d’agir pour préserver cette nature qui
nous est si chère. C’est tout le contraire de l’égoïsme de certain qui au lieu de s’unir pour une cause préfèreront diviser pour mieux régner et …mieux gagner !

Je tiens à rappeler pour les lecteurs, que les ours qui ont été lâchés dans les Pyrénées et qui viennent de Slovénie ont été capturés là-bas, sur des quotas de chasse. Autrement dit s’ils n’avaient
pas été réintroduits ici, ils auraient été tués là-bas.
Je vois déjà venir « oui mais regardez le sort qui a été réservé à certains ici ». Moi j’ai envie de parler de l’aspect positif dont on ne parle pas : « regardez comme les ours slovènes s’adaptent
bien et les naissances, quel bonheur ! ».

Avoir la franchise de dire les choses c’est bien.
Avoir la franchise d’accepter l’avis des autres c’est encore mieux.
Sur ce, bonne journée à tous et bonne réflexion.
Aurélia Amazonours


Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 02/11/2009 23:28



Aurélia,

Sur le premier point, je ne fais qu'énoncer une réalité humaine qui date de la nuit des temps. Tu n'es donc pas au courant ?

Sur la question de l'ours dans les Pyrénées, j'ai déjà beaucoup écrit, et il me semble que c'est très clair.

Quant aux ours de Slovénie, je t'invite à aller là-bas et à ne pas répéter le lieu commun que tu énonces. J'ai répondu sur ce point à Ludovic.

Sur la question de la franchise d'accepter l'avis des autres, je crois que nous allons très loin puisque nous publions tous les commentaires reçus sur notre blog (ce n'est pas le cas de tous les
"défenseurs" de la nature et de l'ours).

Enfin, nous travaillons dans l'union la plus totale avec les personnes respectueuses des autres, mais ignorons toutes celles qui n'agissent que par intérêt personnel, déguisé ou pas (encore une
réalité humaine !).

Bonne réflexion à toi aussi.

Stéphan



Michel CHALVET 01/11/2009 21:23


Je crois me reconnaître dans le passage qui dit "Où comment un ami a pu comprendre que Marie désirait presque la disparition de l'ours". Le "presque" est important car bien sur je sais que Marie ne
souhaite pas la disparition de l'ours; mais le message peut-être lu trop vite, peut-être manquant de précisions aussi, méritait un complément, voilà qui est fait. Je rappelle toutefois que "je ne
souhaite pas de Pyrénées sans ours, jamais" n'est pas la même chose que vouloir des ours à tout prix aujourd'hui. Je n'ai nullement l'intention de mendier Mme Jouanno, ni l'envie de voir des ours
maltraités.
A la décharge des néophytes,il faut leur laisser du temps pour assimiler les fonctionnements et dysfonctionnements. Je suppose que vous mêmes n'êtes pas arrivé à la réflexion d'aujourd'hui sans
passer par un cheminement de pensées et d'actions plus ou moins long.
En tous les cas le texte "le retour d'Artza ou la queue du Mickey ?" est très explicite, et je dirais qu'il était nécessaire. Il apporte un éclairage essentiel à tous ceux qui se battent pour le
retour de l'ours dans les Pyrénées.
A bientôt
Michel


Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 02/11/2009 21:43



Bonjour Michel,
La succession de tes messages relatifs à la protection de l'ours démontre qu'il est possible, par la contradiction, de créer un vrai débat, enrichissant s'il est mené intelligemment et
respectueusement.

Nous acceptons toutes les opinions, que nous publions d'ailleurs intégralement (à la différence de pas mal d'autres), mais nous sommes fermes sur notre droit à exprimer librement ce que nous
pensons.

Merci pour ta contribution.
A bientôt,
Stéphan et Marie



Florian Rochet 30/10/2009 16:18


L 'été dernier j'ai arpenter durant trois mois les sylves de la haute vallée d'Ossau afin d'en inventorier les differentes especes de Pics. Il y'a en effet bien plus a apprendre dans les forêts que
dans les livres pour reprendre St Bernard, au coeur du parc national des Pyrénées, dans les derniers refuges des (ou de) l'Ours pyrénéen(s), j'ai pu constater a quel point ces forêts sont mal
protégées. Au sein même d'un parc national (supposé le plus haut statut en termes de protection d'espaces naturels en France), il n'existe aucune restriction en matières de sylviculture,le champ
(d'arbres pourrait on dire, heureusement ce n'est pas le cas pour l'instant, ces forêts sont assez complexes) est libre pour l'industrie du bois. Je soutiens donc Stephan et Marie dans leur
raisonnement, le parc national des Pyrénées est né de la volonté de sauver la population ursine et pourtant son milieu n'est aucunement protégé. J'espère que la Slovénie cessera de "filer" des Ours
a la France, au moins par respect pour l'animal. " On est pas riche de ce que l'on prend mais de ce qu'on laisse" disait Robert Hainard, en terme de protection de la nature nous devrions avoir une
vision globale des choses, un peu plus objective, réfléchir en termes d'aires biogeographiques et faire un peu plus confiance aux cycles naturels. Homo Sapiens est la seule espèce connaissant des
frontières, Ursus arctos se maintient en divers endroits du palearctique occidentale, librement, peut être devons nous le laisser revenir par ses propres moyens. C'est un animal lent (en
comparaison avec Canis lupus) mais je crois que nos mentalités évoluent encore plus lentement et pas toujours dans le bon sens. Une grande révolution est a faire pour la protection de la nature, il
faudrait cesser de rentrer dans le jeux des politiques ou de je ne sais quel économiste, trop souvent irresponsable. On ne travaille pas avec la nature dans l'urgence, penser a l'échelle de vies
humaines ou de régions "politico-patrimoniale" est assez ridicule dans ce domaine.
Vive la nature spontanée et la race des nomades contemplatifs !


Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 02/11/2009 21:51



Bonsoir Florian,
Très heureux de te lire sur cet espace. Nous sommes impressionnés par la maturité et la profondeur de ton analyse qui, il est vrai, s'appuie déjà sur une solide confrontation avec la réalité
du terrain et une lecture, manifestement comprise, d'auteurs comme Robert Hainard, François Merlet, Claude Dendaletche, Jean-Claude Génot et Bernard Boisson (que tu as lu dans la forêt primaire
de Bialowieza).

Oui, une grande révolution est à mener dans la protection de la nature, et nous comptons faire la part qui nous revient avec ceux de ta génération qui ont largement ouvert les yeux.

Nous espérons te voir par chez nous.

Stéphan et Marie



Ludo 30/10/2009 09:13


Bonjour à vous,

En préambule, permettez-moi de dire que mon raisonnement ne s'est nullement évanoui devant une passion (pulsion tant qu'on y est) incontrôlable. Amusant : ma réaction, trop vive j'en conviens,
serait la manifestation d'une absence de raisonnement, alors que le premier jet de Marie, pourtant qualifié de « spontané », serait, lui, issu d'une « prise de recul ».


Je ne présente pas son texte comme un écris anti-ours, je souligne, je surligne, j'insiste, sur le fait qu'il y a des points communs. C'est ça qui devrait vous faire vous questionner, je crois.
Voici les points communs en question :

« Je suis fermement opposée à de nouveaux lâchers en France et ce pour plusieurs raisons :
-Parce que le travail qui doit être effectué en amont n'est absolument pas fait. Pour moi, c'est vraiment mettre la "charrue avant les boeufs".
(...)
-Parce qu'il faudrait peut-être prendre conscience que les Pyrénées sont habitées et que malgré les pseudos sondages réalisés à tout bout de champ, il est fondamental de s'intéresser vraiment aux
conditions de vie des gens qui habitent ces mêmes montagnes.
-Parce que passer en force dans ce cas là ne conduit à rien de bon, pour les hommes et pour les ours. Que la stratégie a toujours été la même depuis le début de ces plans de renforcement et qu'on
constate la belle réussite, aujourd'hui, de l'entreprise.
-Parce que j'aime trop les ours pour les lâcher sur un espace qui n'est pas réellement prêt à leur offrir une vie décente.
-Parce que j'apprends à connaître les gens qui peuplent ces montagnes, un peu plus chaque jour, parce que je les écoute me raconter leur histoire et qu'il me semble indispensable de réellement agir
avec eux et à mon sens, cela n'a jamais été vraiment le cas, contrairement à ce qu'on peut entendre ou lire ici et là. »


Qu'est ce qui vous gène dans le lâcher d'ours ? Qu'ils ont une probabilité importante de mourir ? Qu'ils sont traumatisés par le voyage ? Qu'ils sont équipés ?
La « dimension purement émotionnelle, presque tripale », je la vois là ! Le « comportement parfaitement anormal chez les amis des ours », c'est chez vous que je le ressens !
Pardonnez ma franchise. Et mesurez l'incompréhension que je ressens !
Mais comment peut-on, au nom de l'ours en plus !, dénoncer les renforcements, quand on en sauve finalement une bonne partie, puisqu'ils sont enlevés des quotas de chasse Slovène. Allez, 30% des
ours lâchers meurent, si on en avait pas lâcher ça en ferait 100% qui seraient morts.
Sans compter, et c'est l'élément principal, que les lâchers permettent de maintenir une population d'ursus arctos dans un coin du monde où elle est particulièrement en péril.

Vraiment, sans parler d'accord, je ne vous comprends même pas.

Je suis d'accord, par contre, - ouf - sur la vision à long terme, à 50 ans, même 100 ans. Mais justement ! Si on veut 100 ou 150 ours dans 50 ans, ça me paraît complètement contradictoire de
refuser le lâcher de 2 femelles, même si, à elle seule, elle ne sauveront pas la population, elles contribueront à maintenir l'ours dans un endroit d'où il n'a jamais disparu. Et en se
reproduisant, elles permettront de partir de moins loin lorsque les choses démarreront réellement, car je suis aussi d'accord que l'ours ne fait que survivre actuellement. Mais dans survivre, il y
a encore « vivre ».


Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 02/11/2009 22:20



Bonsoir Ludovic,
Si les questions ursines sont passionnées (de notre côté aussi), il ne faut pas prendre tous nos constats généraux pour soi.

Ce qui nous gêne, après de longues réflexions appuyées sur une longue expérience de terrain (surtout Stéphan pour le terrain), c'est qu'on oublie trop souvent que la cause de l'ours est d'abord
celle des ours eux-mêmes, avant d'être celle de leurs défenseurs, aussi sympathiques (ou pas) soient-ils.

Tu écris que 30% des ours meurent suite à leurs lâchers, alors que les ours capturés en Slovénie sont condamnés à être tirés. En Slovénie que Stéphan connait bien, l'animal destiné à être tiré ne
verra même pas la mort venir, puisqu'une balle le tuera quasi instantanément. Il aura vécu toute sa vie libre dans une très vaste forêt sans connaître de grands dérangements. L'ours destiné
aux lâchers, est sorti violemment de sa forêt, opéré, délesté d'une dent, équipé d'un collier, parfois recapturé dans les Pyrénées pour être lâché dans un endroit jugé convenable. Il est
aussi soumis à d'incessants dérangements (battues avec chiens) voire des traques ou des tirs hostiles. Imagine la peur incessante avec laquelle l'animal vit sur un territoire qui n'est, en plus,
pas le sien. Car n'oublions pas que l'ours est un mammifère très sensible et très attaché à son territoire.

Nous écrivons cette réponse à deux mains. Stéphan : j'avoue avoir beaucoup évolué sur cette question. Il y a dix ans, j'étais opposé à la réintroduction d'ours pour des raisons éthiques, et parce
que je considérais que leur venue dans les Pyrénées était surtout conditionnée par des raisons utilitaires et économiques (l'Adet à l'époque avait d'ailleurs pour projet de réaliser un grand parc
de vision (zoo) avec toutes les espèces d'ours du monde à la station du Mourtis, en Haute-Garonne, non loin de la tannière de Melba. Ceci avait déclenché une vive opposition des
naturalistes.) J'ai changé d'avis au fil du temps, croyant à un vrai retour de l'ours sur des bases très solides. Je me suis trompé, et je rejoins nombre d'amis naturalistes pyrénéens qui ne
veulent plus entendre parler de réintroductions d'ours dans les conditions actuelles (une réalité bien méconnue). Quant à Marie, elle a toujours été opposée à des réintroductions pour toutes les
raisons qu'elle a déjà évoquées ce qui nous a d'ailleurs valu, au début de notre rencontre, quelques discussions passionnées.

Nous nous rejoignons sur la necessité d'une vision à long terme. Toutefois, justement, une telle vision s'oppose à des lâchers non mûris, consentis par l'Etat pour des raisons politiciennes. Il
est temps de vraiment
œuvrer pour l'ours, ses intérêts avant les nôtres, et la nature en règle générale, de faire passer la réflexion, longue et ingrate, avant l'action.

Stéphan et Marie



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