"Les animaux font-ils les frais de l'humanisme ?" sur France Culture

  • Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet

Du-Grain-a-moudre-FCulture.jpgOn peut encore écouter sur le site de France Culture, un débat très intéressant intitulé "Les animaux font-ils les frais de l'humanisme ?" diffusé en direct le 18 janvier 2010, dans l'émission "Du grain à moudre" présenté par Brice Couturier et Louise Tourret.

 

 

 

 

 

 

http://www.franceculture.com/emission-du-grain-a-moudre-les-animaux-font-ils-les-frais-de-l-humanisme-2011-01-18.html

 

 

Les invités en étaient :

 

 

- Jean-Baptiste Lecuit, théologien, chargé de la recherche à la Faculté de Théologie de Lille, auteur de Repenser l'humain. La fin des évidences, chez L'Harmattan, en 2010.
- Jean-Baptiste Jeangène Vilmer philosophe et politologue, auteur de L'éthique animale, aux PUF, en 2009.
- Yves Christen, biologiste, et auteur, notamment, de  L'animal est-il une personne ?

- Damien Baldin, historien à l'EHESS, spécialiste de l'histoire des animaux domestiques, notamment co-auteur du rapport de l'INRA "Douleurs animales : les identifier, les comprendre, les limiter chez les animaux d’élevage" paru en 2009.

 

L'émission dure 40 minutes.

 

Présentation du débat par France Culture :

 

 

« Que reste-t-il du "propre de l’homme" si, comme nous l’expliquent les éthologues, les animaux apprennent à communiquer, comme les oisillons, ou le fameux bonobo Kanzi ; s’ils développent des outils et transmettent des savoir-faire acquis, comme les macaques laveurs de pomme de terre découverts par Jane Goodall ou les chimpanzés casseurs de noix du Parc de Taï ; s’ils manifestent un sens de l’humour, comme le pense Dominique Lestel de certains grands singes ; s’ils apprennent à jouer aux jeux vidéos, comme on l’a observé dans plusieurs zoos ; s’ils décorent leur habitat, comme l’oiseau à berceau d’Australie qui peint le sien… et j’en passe. Est-ce le prolongement des discussions en cours sur les responsabilités de l’homme envers son milieu naturel ? Est-ce la passion de l’égalité tocquevillienne qui fait que nous ne supportons plus que les animaux eux-mêmes puissent nous être inférieurs ? Depuis quelques semaines, nous sommes bombardés d’essais, de théories, de revues, sur ce qui est en train de devenir "la question animale". Il faut dire que l’animal nous pose des questions sur nous-mêmes qui sont terriblement déstabilisantes. Comme elle semble lointaine, l’époque où l’homme, en traçant une frontière entre l’animal et lui-même, pouvait se proclamer maître de l’univers, élu de Dieu… ou de la sélection naturelle ! L’époque où l’humanisme cartésien assignait à l’animal un statut en rien différent de celui de l’automate…


Les rapports entre l’homme et l’animal posent en effet de multiples questions. Juridique : faut-il mettre les animaux et lesquels sous la protection du droit et des juges ? Morale : est-il légitime de produire des animaux de manière industrielle à seul fin de les tuer pour en manger la chair ? Philosophique : pouvons-continuer à prétendre que la capacité à l’abstraction, la raison, nous rendent supérieurs aux autres mammifères, nos cousins ? Sommes-nous des animaux comme les autres ? On voit que l’humanisme traditionnel est en ce moment mis au défi. »

 

 

Ce débat vaut la peine d'être écouté pour son contenu, évidemment, et aussi pour une "sortie" d'Yves Christen, et la réaction des journalistes, qui en dit très long sur le caractère sensible du sujet en question.

Je reproduis ci-dessous une partie de leur échange :

 

Yves Christen parlant des chimpanzés, de leurs moeurs, de leur agressivité :

 

- «  Ces gens-là (...) »

 

Brice Couturier :

 

- « Ces gens-là, vous dites ! »

 

Louise Tourret :

 

- «  Oooh ! »

 

 

A l'écoute de cet échange "scandaleux", j'ai repensé à Emile Rolando, maître d'école, apiculteur, champignonneur et braconnier jurassien, qui dans une lettre à Robert Hainard parlait des sangliers en les nommant  «  ces particuliers-là » (un détail de poids que j'avais placé dans ma biographie Chasseur au crayon).

 

La question de l'interchangeabilité des personnes animales, soulevée par Christen, m'apparaît comme incontournable, et devrait faire l'objet de réflexions avancées de la part des défenseurs de la nature, qui considèrent trop les animaux comme une vaste biomasse. Pour Christen, un individu animal fait sens pour les autres. D'où nos lourdes responsabilités lorsque nous déplaçons des animaux, comme c'est le cas pour les réintroductions, celle des ours d'origine slovène dans les Pyrénées par exemple.


 

J'en profite enfin pour évoquer, avant d'en publier ici la chronique, la parution récente d'un livre fondamental sur la question animale :

 

Des-animaux-et-des-hommes-A-de-Benoist.jpg


Des animaux et des hommes. La place de l'homme dans la nature. Il s'agit d'un essai du philosophe et écrivain Alain de Besnoist, aux éditions Alexipharmaque, qui ont eu l'heureuse idée de le publier.

 

Ce livre est une critique de la thèse de la personne animale défendue par Yves Christen, et alimente intelligemment cette "controverse de Valladolid", comme le souligne Alain Sennepin.

 

Nous y reviendrons prochainement.

 

 

Stéphan Carbonnaux

http://www.franceculture.com/sites/default/files/imagecache/oeuvre_image_liste/2011/01/18/3702101/images/9782879297095,0-1142971.jpg

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