Monténégro - Crna Gora : des nouvelles encourageantes de la Moratcha (Morača - Морача) par Komnen Becirovic

  • Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet

Le spectre du déluge sur la Moratcha, KBecirovic, 2010

Notre ami écrivain et journaliste monténégrin Komnen Becirovic vient de nous envoyer des nouvelles plutôt encourageantes pour l'avenir de la Moratcha - Morača et de la Mervitsa, ces deux joyaux européens menacés, avec leur nature et leur patrimoine prestigieux, par des projets de barrages hydroélectriques.

 

Voir nos articles précédents dont :  Le gouvernement du Monténégro a décidé de noyer un joyau de la nature et de la civilisation ! 



et

 

Appel de Franz Weber en défense de la Moratcha

 

 

 

 

Par ailleurs, Komnen Becirovic, a publié à l'automne 2010, au Monténégro, un poème épique dans la plus grande tradition serbe et monténégrine, sous le titre Le Spectre du déluge, dont la couverture est reproduite ci-dessus.


 

Voici les nouvelles de ces six derniers mois, résumées par Komnen Becirovic :


 

" Le manque de transparence manifesté par le gouvernement tout au long de ces dernières années, est démontré par des spécialistes éminents, tels les professeurs d'Université Milenko Popovic (affaires), Caslav Pejovic (droit), Branko Radulovic  (électrotechnique).

 

Les hydrocentrales projetées sur la Moraca seraient d'un faible bénéfice économique pour le pays et davantage pour la compagnie italienne A2A, géant italien de la production de l'électricité, qui détient la moitié des actions de l'Elektroprivreda Crne Gore (Compagnie d'Electricité du Monténégro) qui serait  concessionnaire, et de facto propriétaire, pour une durée de 65 ans. Cela  a provoqué des réactions négatives même au sein de certains partis politiques qui ont porté l'affaire devant le Tribunal constitutionnel  du Monténégro.

 

A2A, se considérant déjà l'investisseur et donc le concessionnaire des centrales sur la Moraca,  a fait pression l'hiver dernier sur Elektroprivreda Crne Gore afin d'augmenter les tarifs d'électricité auprès de la population jusqu'à 80%. Ceci a provoqué un fort mécontentement qui s'est reflété négativement sur le projet de centrales sur la Moraca, et a fait naître une prise de conscience que le Monténégro était en train de cesser de disposer de ressources naturelles.

 

Le départ de l'homme fort du Monténégro, Milo Djukanovic, à la fin de l'année 2010, quiDjukanovic et Berlusconi avait fait de l'affaire de la Moratcha une affaire de ses relations amicales avec le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi.


Avec sont départ, les ministres de l'Economie Branko Vujovi  et de l'Environnement Branimir Gvozdenovic, ont quitté le pouvoir, eux qui depuis des années poussaient à la réalisation du projet sur la Moratcha. 

 

 

 

 

Devant le refus du gouvernement du Monténégro de reconsidérer le projet sur la Moratcha, les ONG, notamment Green Home, Mans, Forum 2010, ont porté la question devant la direction de l'Environnement de la  Commission de Bruxelles en même temps que devant le Parlement européen, où l’'accueil a été favorable.

 

Constat : le projet ne correspond pas aux normes qu'exige la législation européenne, ni en ce qui concerne la protection de l'environnement ni  en ce qui concerne la transparence. Le gouvernement persistant à dissimuler, entre autres, ce que seraient les conséquences pour la capitale du Monténegro, Podgorica (300 000 habitants), en cas de ruptures du grand barrage d'Andrijevo en amont de cette ville, et derrière lequel est planifié un lac d'un demi milliard  mètres cubes d'eau, ce qui constituerait avec  trois autres lacs artificiels une quantité d'environ un milliard mètres cubes d'eau suspendu au-dessus de Podgorica.

   

Ceci  est gardé comme un secret militaire, les officiels continuant d'affirmer qu'un tremblement de terre de magnitude 10 sur l'échelle de Richter ne s'est jamais produit dans la région, ce qui ne veut pas dire qu'il ne se produira jamais, comme on l'a vu au Japon.

 

Et justement l'activité sismique au Monténégro a été particulièrement forte à la fin de 2010 en particulier dans la région de Piva  à cause de pluies diluviennes qui se sont abattues sur le Monténégro et les pays limitrophes : Albanie, Serbie, Bosnie-Herzegovine... C'est que dans la vallée de la Piva se trouve un grand lac artificiel, formé il y a 50 ans, et qui, à cause d'un trop plein provoque une pression sur l'écorce terrestre, engendrant une activité sismique : en quelques mois il y a eu plusieurs milliers de secousses.
On n'a qu'à imaginer une telle situation en amont de Podgorica où vit  presque la moitié  de la population du Monténégro


Inondations-au-Montenegro--decembre-2010.jpgCes inondations catastrophiques de décembre 2010 au Monténégro ont frappé la plaine de Podgorica, faisant élever le niveau de lac du Scutari par le déversement des eaux de trop plein des centrales hydroélectriques existantes sur la rivière Drim en Albanie. La ville de Scuttari était submergée. On ne peut qu'imaginer l'ampleur de la  catastrophe dans la plaine de Podgorica, si les lacs en amont de la capitale existaient et devaient déverser le surplus de leurs eaux : la ville de Podgorica aurait connu le sort de Scuttari. Qui plus est, la pression d'énormes masses d'eau sur l'écorce terrestre, aurait généré une constante activité sismique, comme cela a été le cas  dans la vallée de la Piva durant près de 3 mois."

 

Sur ces inondations, lire : http://balkans.courriers.info/article16442.html

 

 

Lire aussi ces articles, en anglais, extraits de sites du WWF, à propos des critiques de l'Union européenne sur ces funestes projets de barrages :

 

http://wwf.panda.org/about_our_earth/search_wwf_news/?199633/WWF-shares-European-Parliaments-concern-on-Montenegro-hydropower

 

 

http://epo.panda.org/?199944/MontenegroBarrosVisit

 

 

L'affaire se trouve aussi, grâce aux efforts de Komnen Becirovic, devant l'Unesco qui serait prête à inscrire la région de la Moratcha sur la liste du patrimoine mondial. Komnen Becirovic, qui vit à Paris, mais garde des contacts étroits avec son pays natal, internationalisa la question de la Moratcha à la fin des années 1980, en y faisant entrer, en particulier, le grand écologiste suisse Franz Weber, dirigeant la fondation du même nom, les byzantinistes d'Oxford et même la Banque mondiale qui renonça à financer le projet sur la Moratcha, à la suite de cette campagne. Depuis il n'a cessé de mener cette action sur le plan national et international dont témoigne, entre autres, ses deux livres, La défense de la Moratcha contre le déluge, en serbe, et L'éternité menacée de la Moratcha, en français, les deux ouvrages étant accessibles sur Internet. 

 

 

Pour finir, nous vous proposons deux vidéos. La première est celle de la lecture du Spectre du déluge, par Komnen Becirovic, en serbe, dans une église de Podgorica, le 04 novembre 2010.

 

Sur la seconde, on peut voir et entendre un guzlar chanté le poème épique dans la pure tradition serbe et monténégrine, toujours à Podgorica le 04 novembre 2010.

 

Quand bien même vous ne comprenez pas la langue serbe, tout comme nous (hormis quelques mots et expressions), ces vidéos vous plongent dans l'atmosphère particulière d'une grande culture européenne si peu connue chez nous.

 

 

 

 

 

Longue vie à la Moratcha - Morača - Морача sauvage et libre !

 

Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet

Artzamendi - Nature, Sauvage et Civilisation

www.artzamendi.fr

 

 

Sources des images :

 

http://estjournal.wordpress.com/2010/05/20/montenegro-berlusconi-e-le-privatizzazioni-allegre-di-djukanovic/

http://www.google.fr/imgres?imgurl=http://balkans.courriers.info/IMG/jpg/montenegro-floods-2010-12-2-12-11-7.jpg

Michel CHALVET 23/06/2011 20:28


Quelques bonnes nouvelles de temps à autres, cela fait du bien. Espérons que la Moratcha sera épargnée. Heureusement que les peuples savent parfois réagir pour préserver leur richesses culturelles
et naturelles, vu qu'il est impossible de compter sur les gouvernants, avides d'argent.
Merci de nous faire découvrir nos courageux voisins européens qui n'ont pas perdu tous liens avec leur histoire. Bel endroit, personnages et musique touchantes.
Ailleurs sur la terre, un autre endroit de haute naturalité, plus connu car plus médiatisé, est toujours menacé : l'Amazonie ! la chambre du congrés brésilien a autorisée l'assouplissement du code
forestier, ce qui va engendrer une déforestation encore plus massive. Mais la aussi, le peuple veille. 79 % du peuple brésilien demande au président de mettre son véto. Michel


Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 24/06/2011 22:43



Bonjour Michel,


 


Oui, ces nouvelles assez bonnes - mais restons prudents - nous font du bien. Nous publierons régulièrement des nouvelles de cette affaire dont on ne parle guère,
malheureusement, en France.


 


Et comme tu le constates, c'est de la base et des peuples qu'il faut plutôt espérer une préservation de la nature.


 


Bonne fin de semaine,


 


Stéphan



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