Non à de nouvelles réintroductions de plantigrades en France !

  • Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet

Je suis très agacée mais j'écrirai plus longuement, d'ici la fin de la semaine, au sujet de nouvelles réintroductions ou renforcements d'ours dans les Pyrénées, comme vous voudrez, cessons de jouer sur des mots qui n'ont finalement aucune importance.

Je suis fermement opposée à de nouveaux lâchers en France et ce pour plusieurs raisons :
-Parce que le travail qui doit être effectué en amont n'est absolument pas fait. Pour moi, c'est vraiment mettre la "charrue avant les boeufs".
-Parce que les lâchers, ne sont, à mon sens pas réalisés convenablement.
-Parce qu'il faudrait peut-être prendre conscience que les Pyrénées sont habitées et que malgré les pseudos sondages réalisés à tout bout de champ, il est fondamental de s'intéresser vraiment aux conditions de vie des gens qui habitent ces mêmes montagnes.
-Parce que passer en force dans ce cas là ne conduit à rien de bon, pour les hommes et pour les ours. Que la stratégie a toujours été la même depuis le début de ces plans de renforcement et qu'on constate la belle réussite, aujourd'hui, de l'entreprise.
-Parce que j'aime trop les ours pour les lâcher sur un espace qui n'est pas réellement prêt à leur offrir une vie décente.
-Parce que j'apprends à connaître les gens qui peuplent ces montagnes, un peu plus chaque jour, parce que je les écoute me raconter leur histoire et qu'il me semble indispensable de réellement agir avec eux et à mon sens, cela n'a jamais été vraiment le cas, contrairement à ce qu'on peut entendre ou lire ici et là.
-Parce que on finit par écoeurer les gens qui commencent à en avoir ras-le-bol de ces histoires d'ours où deux camps retranchés avancent indubitablement dans la même direction sans jamais vraiment chercher à évoluer, à se remettre en question et à se comprendre.
Et parce que pendant ce temps là on trimballe des ours d'un pays à un autre, pour quel résultat ?
Et parce que le respect de la vie, ce n'est pas cela, le combat écologique non plus.

J'écrirai plus en détail là dessus très bientôt mais il fallait que ça sorte et vraiment, tout cela est bien ridicule.
Par ailleurs, je finirai en ajoutant que la reconstitution d'une véritable population d'ours (qui n'a rien à voir avec le saupoudrage d'ours)  n'a aucune chance d'aboutir tant que les gens qui l'incarnent et la spolient se comporteront de façon ingrate, irrespectueuse les uns envers les autres en ne voyant que l'objectif à atteindre sans jamais réfléchir au chemin qu'ils empruntent pour ce faire et sans se soucier des dégâts qu'ils commettent. L'objectif est indubitablement lié à la route qui y aura menée, et aux valeurs qui l'auront bâtie.

Marie


En espérant, pitié pour lui, qu'il reste en Slovénie. Même s'il est tiré par un riche chasseur slovène ou étranger, au moins aura-t-il vécu libre, non équipé électroniquement, avec toutes ses dents, dans la sylve qui l'a vu naître.


Crédit : Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet

Coleni 28/10/2009 17:09


Certes la cohabitation a encore du chemin à parcourir en France mais l'ours slovène est lui aussi menacé (chasse, miradors, aires de nourrissage...).
Par contre ça marche dans les Asturies, Cantabries, pourquoi ? grâce à l'énergie et la volonté de gens éclairés qui se sont appuyés sur les lois, les institutions, la recherche, la connaissance,
l'éducation, la valorisation.....
je crois encore que ces moyens sont à notre portée à nous aussi.
peut être trop "terre à terre" j'en suis restée au plaidoyer...


Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 02/11/2009 21:18



Bonsoir Coleni,
Les ours ne sont pas (encore ?) menacés en Slovénie, même si le quota d'animaux chassés est manifestement élevé. Les aires d'appâtage du gibier peuvent en effet poser des problèmes aux ours trop
réguliers sur ces secteurs. Nous reparlerons sans doute de la situation en Slovénie sur ce blog.

En ce qui concerne les Asturies, la situation s'améliore grâce à un bon travail effectué depuis vingt-cinq ans par divers groupes, et grâce à une protection historique de grands territoires,
chose que nous ne connaissons pas dans les Pyrénées.

Les moyens que vous évoquez sont en effet à notre portée, si nous sommes cependant capables de nous remettre en question à tous les niveaux. Tel est notre point de vue.

Stéphan et Marie



Christophe 27/10/2009 18:40


Bonjour Marie.
Je suis du même avis que Michel : si les ours disparaissent, ils ne réapparaîtront jamais. On ne peut pas rêver d'un retour de l'ours comme on a vu celui du loup et tu le sais aussi bien que
moi.
Je suis d'accord avec toi sur la méthodologie : donner un nom, médiatiser, c'est mauvais pour l'ours. Mais même si on attend encore 20 ans, même si on arrive à convaincre quelques enfants dans les
écoles, on arrivera jamais à une adhésion à 100% de la population.
Pour moi, le travail d'éducation est indispensable. Comme vous, j'y crois. Mais il n'est pas suffisant. Il faut qu'il soit soutenu par une volonté politique forte de sauver l'espèce et une pression
constante de la justice sur les braconniers.

Un exemple : je vais dans les écoles parler de l'ours polaire aux enfants. Ils ont déjà intégré les gestes qui leur permettent de diminuer leur poids sur l'environnement. Mais à quoi serviront
leurs gestes si on apprend demain à Copenhague qu'on s'autorise à polluer sans limite et sans penser à demain ? Pour l'ours dans les Pyrénées, c'est pareil. A quoi serviront tes années de
sensibilisation si l'ours s'éteint définitivement ?

En Roumanie, le retour de l'ours s'est fait par une volonté politique forte (sans pour autant défendre les horreurs de ceausescu). En Italie, dans les Abruzzes, l'ours a eu sa place pendant les
belles années du parc. Dès que la situation politique a changée et que le gardiennage a été limité, le braconnage a recommencé.

Les français n'étant jamais d'accord avec quoi que ce soit, je crois encore que seule la répression peut faire changer les esprits. Renforcer le nombre d'ours + condamner les actes de
destruction... mais il faudrait pour cela que les tribunaux prennent ces affaires au sérieux et que les enquêtes ne soient plus baclées. J'ai encore reçu un courrier aujourd'hui concernant le tir
d'un loup en octobre 2008 dans le Vercors. Notre plainte est classée et les auteurs ne seront jamais inquiétés. En France, on tire sur les ours et sur les loups. On peut l'accepter... mais je ne
pense pas que ce soit notre rôle.


Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 27/10/2009 20:22



Bonsoir Christophe,


Je comprends ton point de vue, mais la méthodologie dont tu parles n'a pas
été effectuée. D'autre part, bien sûr qu'il n'est pas acceptable que des animaux protégés soient tirés en quasi impunité, mais pourtant c'est le cas aujourd'hui en France. De fait, le travail
préalable à une arrivée convenable et acceptable d'un point de vue éthique n'est pas fait. Pour les nombreuses autres failles concernant les réintroductions, je les ai déjà évoquées lors de mon
article, je ne vais donc pas les évoquer ici à nouveau.


 


Par ailleurs et comme je l'ai également écrit, n'accordons pas trop de poids
à l'homme. Il sera bientôt face à ses responsabilités et sera contraint à évoluer s'il ne décide pas de le faire avant d'être acculé à le faire. Demain sera très différent d'aujourd'hui, nous
commençons à percevoir des alertes, loin d’être anodines, auxquelles nous ne voulons pas prêter garde.


 


Nous aurons tous à effectuer une sérieuse remise en question de notre
héritage et de nos propres schémas, de la place que nous nous sommes octroyée.


 


Lorsque je vois l'ours, la grande faune évoluer ici et là, avec la place qui
lui revient, je la vois dans une organisation de l'espace, de nos propres sociétés tout autre. L'ours reviendra, la nature aussi, que nous le voulions ou non, avec ou sans nous. C'est à nous
d'œuvrer pour participer activement à cette reconstruction. Il n'y a là rien de chimérique, c'est une réalité bien concrète à laquelle nous devrons faire face. Mais je n'accepte pas que les
soldats de première ligne, les ours, paient encore le prix cher de nos lacunes. Il n'y a aucune raison valable qui puisse justifier cela.


 


Travaillons.


 


Marie



Ludo 26/10/2009 07:48


Bonjour Marie,

Effectivement ma formulation était un peu dur par moment, la prochaine fois je prendrais un peu de recul avant de réagir à chaud ;)

Merci pour ta réponse très argumentée.

Pour l'instant je reste en désaccord, je te laisse développer ta pensée dans ton article, et je réagirais dessus.

Bonne journée à vous !


Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 26/10/2009 10:45



Bonjour Ludovic,
Merci pour ton nouveau message. Je comprends que tu restes en désaccord, le débat, lorsqu'il est franc et loyal, est passionnant car il créé une émulation intellectuelle capable, parfois,
d'accoucher de nouvelles idées et d'ouvrir d'autres voies !
La suite lors du prochain article alors !

A bientôt,
Marie



Michel CHALVET 25/10/2009 17:02


Bonjour les amis
Pour moi lâcher deux ours par ci, un ours par là, n'est pas satisfaisant, cela n'est fait que dans un but de calmer le jeu, c'est politique et l'Etat comme les APN font croire qu'elles agissent.
Comme vous je trouve stupide d'équiper les ours de balises et stupide de leur donner des noms. Par contre si les réintroductions d'ours par "saupoudrage" sont loin d'être satisfaisantes, je suis
pour que les Pyrénées ne se retrouvent pas sans ours, JAMAIS ! Car il sera quasi impossible de les revoir ensuite. Je suis convaincu que l'homme n'acceptera pas plus l'ours dans vingt ans qu'il ne
l'accepte aujourd'hui, même après une profonde réflexion sur la question, vous le savez autant que moi.
Côtoyer les gens qui peuplent la montagne et les écouter est une bonne chose mais le monde de l'élevage est plein de certitudes et de croyances qui les aveugles. je l'ai aussi côtoyé, un peu celui
du piémont Pyrénéens et depuis toujours celui d'une autre zone de montagne que les Pyrénées, ma famille est essentiellement composée d'éleveurs de bovins et je peux vous dire que les ours, pas plus
que les loups, les bisons, les lynx etc... ne sont et ne seront accepté. Ce monde élève, chasse, "gère", et quand il n'y a plus de prédateurs il trouve un autre ennemi en accusant les cervidés des
pires mots, puis les mustélidés, et les corvidés, et les rapaces. Certes votre démarche est respectable en voulant tenir compte de l'homme mais ne dites pas stop aux ours, même si, je le répète,
ces renforcement sont loin d'être satisfaisant, celà reste quand même le fil d'Ariane à ne pas rompre.
Alors oui il faut revoir la copie, oui il faut dénoncer les autocrates qui ne travaillent plus pour la nature mais pour leur gloire personnelle. Toutefois nul besoin de souhaiter la disparition des
ours dans les Pyrénées pour celà, j'insiste. On se bat pour l'ours, et l'ours en restant présent se bat pour nous, quel meilleur soutien, quel meilleur allié qu'un ours libre dans les Pyrénées ? Je
suis très souvent d'accord avec vous, mais ne plus vouloir d'ours et une erreur stratégique à mon sens,et cela m'étonne, nous en reparlerons de vives voix, il y a des choses à éclaircir.
D'accord avec vous sur le travail à faire sur un plan culturel, encore d'accord pour dire les vérités qui dérangent, toujours d'accord pour vouloir une nature sauvage et libre sans
interventionnisme humain.
Je vous embrasse
Michel


Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 25/10/2009 18:14



Cher Michel,


Je crois ne pas être bien comprise. J'espère que l'article qui suivra bientôt permettra d'éclairer des
lanternes. Je suis persuadée que le retour de l'ours, comme des autres animaux ou de la nature sauvage en règle générale est INDISPENSABLE. Et je l'affirme avec certitude parce que j'aime
sincèrement la nature et ce qui la compose mais aussi parce que c'est fondamental pour notre devenir à tous (êtres vivants de toutes espèces confondues) et que je n'aimerais pas que l'homme soit
responsable d'un cataclysme écologique. De ce point de vue, l'ours est un emblème fort. Je ne vais pas épiloguer là-dessus, cela a déjà été suffisamment dit.


 


Lorsque j'écris que je peux comprendre que d'autres personnes ne pensent pas la même chose que moi, cela ne
veut pas dire que je les rejoins, cela veut dire que j'essaie de comprendre le cheminement qui les a conduits à des priorités autres. Cela ne veut pas dire que je me rangerai à leur avis ensuite.
La nature, sa défense seront toujours pour moi des priorités mais je crois que, pour parvenir à instaurer des piliers viables, il faut prendre en compte les mécanismes complexes qui régissent du
plus grand au plus petit élément. Que ce soit l'espace sur lequel on intervient, les interactions possibles et insoupçonnées que chacun de nos actes et interventions (dont on porte ensuite la
responsabilité) peuvent provoquer, mais aussi l'esprit des hommes. Il faut parfois faire preuve de fermeté, également de moment consacrés à la réflexion.


 


Quand j'écris "non  à de nouvelles réintroductions d'ours", ce n'est pas définitif, comme tu peux le lire
dans mon article ou dans la réponse écrite à Ludovic. Je maintiens par contre, qu'à l'heure actuelle, ce serait une erreur. Ce serait agir dans la précipitation. Est-ce un bien pour l'animal ?
Rien n’est moins sûr et cela va encore plus braquer certaines personnes et certaines situations qui bloquent de réélles avancées depuis plus de vingt ans maintenant.


 


Par ailleurs, me vois-tu une seule seconde souhaiter la disparition de cet animal merveilleux que j'adore des
Pyrénées ? C'est parce que je veux le préserver que je suis persuadée qu'il faut prendre les choses dans l'ordre et les réfléchir bien davantage. Mais passer en force envers et contre tout,
remettre des ours qui finiront peut-être sous les balles d'un chasseur, traqués voire déplacés par je ne sais quel amendement qui aura fini par passer, ou que sais-je encore, là non ! J'ai
trop de respect pour les animaux pour admettre que les hommes, après avoir failli en laissant l'ours autochtone s'enterrer dans une situation quasi désespérée, après en avoir réintroduits dans
des lieux choisis par facilité alors qu'ils risquaient sur ces mêmes espaces très chers (donc ces espaces n'étaient pas préparés, désolée) et constater maintenant un certain nombre de choses pour
admettre qu'on joue encore aux apprentis sorciers parce que là, je regrette mais c'est bien de cela qu'il s'agit. Collons nous au travail discret et pugnace qui permettrait d'imaginer des
arrivées d'ours tout autrement, et ensuite on en rediscutera. Pour l'instant, je maintiens ce que j'ai dit et campe sur mes positions.


 


Amicalement,


Marie



Claude 24/10/2009 12:23


Bravo Marie.
Ceux qui pouvaient vous prendre, toi et Stéphan, pour des "exités" de l'Ours, vont comprendre je l'espère la profondeur de votre réflexion sur le sujet.
Continue, je me régale toujours autant de tes petits textes poétiques et de tes engagements passionnés.
Je t'embrasse.


Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 24/10/2009 12:31



Eh bien ... Merci vraiment, du fond du cœur pour votre
soutien indéfectible !


Je vous embrasse bien fort,


Marie


 


 
 

 



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