Nous avons fêté hier soir la Chandeleur et la… Chandelours !

  • Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet
Chandeleur et Chandelours (4)  

Hier soir, au cœur de notre village médiéval des Pyrénées occidentales, nous avons fêté avec deux amis la Chandeleur mais aussi la Chandelours. Auprès du feu qui ronflait dans le poêle, alors que la neige est bien installée sur les versants, nous avons renoué à notre manière avec une fête qui remonte au fond des âges. Les crêpes étaient bien évidemment au menu, servies sur une table où Lou Moussu avait toute sa place, à défaut de l’avoir encore dans nos montagnes.

 
Quid de la Chandelours ? Lisons Michel Pastoureau dans son Ours. Histoire d’un roi déchu et Isaure Gratacos en son passionnant Calendrier pyrénéen, qui nous renseignent sur les fêtes ursines, héritées des anciens cultes, lesquelles agitaient l’Europe dès la fin de janvier et au début de février. Ces fêtes célébraient le moment où l’ours était donné comme se réveillant et sortant de sa tanière pour voir si l’hiver était fini. La date la plus importante était celle du 2 février, parfois du 3, journée au cours de laquelle l’ours décidait de poursuivre ou non son sommeil hivernal. Un ciel clair et un soleil brillant renvoyaient l’ours dans sa tute pour quarante jours supplémentaires. Un ciel couvert, la pluie ou la neige le faisaient sortir de sa torpeur.


Isaure Gratacos, qui a mené un immense travail ethnographique, rapporte pour le Haut-Comminges (Haute-Garonne) et le Haut-Couserans (Ariège), un même proverbe mêlant l’ours à une exigence climatique, entendu dès six cents mètres d’altitude. Elle cite Philomène Barès de Girosp (un hameau d’Aspet en Comminges), née en 1885 :


Se hè solelh eth dia dera Calendera

Era orsa que s’en torna entà’ra tuta

                                                           entot plorar

Pr’amor eth ivern que s’alonga de quarante dias.


S’il fait soleil le jour de la Chandeleur

L’ourse retourne dans sa tanière

                                                           en pleurant

Car l’hiver s’allonge de quarante jours.

 

Chez nous, hier, le ciel était dégagé et le soleil a brillé.


C’est ainsi que le 2 février, les villages s’animaient de chants, de danses, de jeux, et même de simulacres de rapts et de viols, au cours desquels des hommes couverts de poils se transformaient en ours et mimaient l’enlèvement de femmes et l’acte de s’accoupler avec elles. On l’imagine, l’Eglise lutta farouchement contre ces pratiques et remplaça la vieille fête par d’autres, dont celle de la Chandeleur. « Toutefois, avertit Michel Pastoureau, dans la plupart des campagnes de Gaule puis de France, où le souvenir de l’ours demeurait très vivant, cette fête fût souvent appelée, du XIIe siècle jusqu’au XVIIIe, non pas la « Chandeleur » mais la « Chandelours », terme populaire associant sous un même vocable le souvenir des anciens cultes rendus vers cette date au feu et à la lumière, au retour de la fertilité et surtout à l’ours, sorti de son hibernation. Bien que christianisée, la fête des chandelles restait, dans bien des régions, une fête plus ou moins ursine. »


Revenons en Comminges, où Isaure Gratacos nous raconte que ce jour de la Chandeleur, et seulement celui-là, les garçons d’âge pubertaire allaient après la messe dans une grotte voisine du village muni d’un morceau de candela bénie pendant la cérémonie. Les grottes ainsi fréquentées, jusqu’au XXe siècle, recèlent toutes de nombreux restes d’ours des cavernes associés ou coexistant avec un gisement préhistorique. Parmi celles-ci,  la grotte de Montespan  renferme une des plus anciennes statues au monde qui est celle d’un ours.

On se perd dans la nuit des temps. Comment ne pas sentir toutefois dans ces cérémonies de la Chandeleur/Chandelours une résurgence, évidemment très atténuée, de ce vieux culte de l’ours qui a manifestement été pratiqué dans toute l’Eurasie. La vérité est-elle à tout jamais engloutie ?

Qu’importe après tout ! Libre à nous de fêter la Chandeleur/Chandelours, qui pourrait fort bien devenir la fête de tous ceux qui œuvrent à l’alliance avec l’ours, et par conséquent avec la grande nature, à l’aube de notre XXIe siècle si incertain.


Stéphan

Chandeleur et Chandelours (1)

 

Claude 04/02/2010 10:28


Oh quelle jolie table lumineuse!
J'aurais bien aimé fêter avec vous cette Chandeleur/Chandelours!
Longue vie à la grande Nature!


Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 04/02/2010 10:32



Merci Claude ! Nous aurions aussi été ravis de vous accueillir à notre table !

Bien à vous,
Marie



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