Parution de Plainte contre la France et du Pays des forêts sans ours

  • Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet

Vers l’alliance entre les hommes et les animaux sauvages

 

 

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Je suis heureux d’annoncer la parution de Plainte contre la France, Pour défaut de protection de l’ours des Pyrénées, aux éditions Imho (Paris) www.imho.fr, un ouvrage auquel j’ai participé. Ce livre paraît dans la collection Radicaux Libres créée et dirigée par l’écrivain et écologiste radical Armand Farrachi.

 

Le projet de ce livre est né au moment du dépôt de plaintes associatives contre l’Etat français devant la Commission européenne, plaintes destinées à entraîner la condamnation de la France pour non respect des règles communautaires qui protègent (sur le papier !) l’ours brun.

 

Cet ouvrage offre au lecteur un ensemble de pièces qui forment un « dossier » : une plainte abrégée et rendue lisible pour le commun des mortels, de longs commentaires sur cette plainte et des documents. Ce travail a été le fruit de diverses personnes membres d’associations de protection de la nature.

 

Pour ma part, j’ai écrit un essai, qui mêle aussi des récits, intitulé Le Pays des forêts sans ours, nourri de mes 17 années de vie, d’observation et de combat dans les Pyrénées. C’est à la fois le constat d’un échec (nié par beaucoup), mais c’est aussi un essai qui entend ouvrir des chemins jusque-là peu ou pas empruntés.

J’ai d’abord hésité à accepter la proposition qui m’était faite d’écrire un tel texte, car je considère que trop d’ouvrages, trop d’articles de journaux et de magazines paraissent sur les questions dites écologiques, et en l’occurrence sur les questions ursines. Les libraires, les lecteurs vous le disent et s’agacent parfois, car on lit trop souvent la même chose, loin des réalités brutes, c’est-à-dire pleines de nuances, de contradictions, et pleines de vie. L’ours, cet être de chair et de sang, est trop souvent occulté au profit de considérations politiciennes, syndicales, économiques et associatives. Oui, l’ours est malheureusement devenu un objet.

 

J’ai donc voulu contribuer à lui restituer son rang de sujet, et même de personne animale, tant je rejette aujourd’hui cette tendance lourde à considérer les animaux comme une masse plus ou moins informe avec laquelle on peut expérimenter un certain nombre de projets humains. La question de l’éthique est donc à mes yeux une priorité absolue.

 

Diverses expériences, puis notre installation depuis bientôt un an et demi dans les vallées des Pyrénées occidentales, et le grand recul pris avec la protection officielle de l’ours, m’ont aussi permis d’ouvrir réellement les yeux sur la nécessité impérative de pratiquer l’écologie humaine. J’avais grand besoin de lever le nez du guidon !

 

Dans leur majorité, même s’ils s’en défendent, les défenseurs de l’ours opposent frontalement les « pro » et les « anti » ours. C’est une grave erreur. Faut-il donc vivre à leur contact, pour sentir que les populations des territoires ursins sont confrontées à des difficultés économiques et sociales grandissantes et qu’elles sont, encore plus qu’ailleurs, réticentes à tout bouleversement. C’est presque un réflexe de classe, pour reprendre le vocabulaire marxiste, de s’opposer à tout ce provient, ou semble provenir d’ailleurs.

 

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 Ces populations montagnardes sont enfin, pour des raisons culturelles, méfiantes, voire très opposées, à ce que nous appelons le sauvage ou la naturalité. Il ne faut jamais perdre de vue que depuis des millénaires les civilisations pastorales ont lutté contre la nature, contre les grands mammifères, pour forger une grande part des paysages pyrénéens, auxquels bien des gens  sont attachés.

Hier, la montagne en face de chez nous, qui n’abrite que des sangliers et des chevreuils, brûlait sous les flammes d’un feu pastoral. Pour quelques mois de l’année, elle sera une montagne à vaches, quand nous rêverions qu’elle soit bien plus boisée et qu’elle accueille des ours, des loups, des lynx, des cerfs, des isards… et des vaches.

 

C’est pourquoi les lâchers d’ours cristallisent aujourd’hui de telles craintes et un tel rejet d’une frange de la population qui s’oppose à « l’ensauvagement des Pyrénées ». L’ours, et demain le loup, représentent ce retour de la nature la moins maîtrisée, celle contre laquelle, justement, des générations d’hommes ont farouchement lutté. N’oublions jamais non plus, que les populations des plaines d’Europe occidentale ont éradiqué avant les peuples montagnards toute la grande faune carnivore et même herbivore.

Bisons et chevaux de Przewalski au Haut-Thorenc
 Cheval-de-Przewalski-au-Haut-Thorenc.JPG  

Sait-on que des élans, des chevaux primitifs, des bisons, des aurochs peuplaient encore l’Europe il y a quelques siècles à peine ? J’écris ceci, sachant très bien quelles sont mes racines familiales.

Le nom de mon père, Carbonnaux, est manifestement celui d’une lignée ancienne de charbonniers qui vivaient aux dépens de la forêt, et dont la souche contemporaine, au moins depuis le 19ème siècle, cultivait, et cultive encore pour une part, les grandes plaines de l’Aisne, défrichées et vides de leur faune. La famille de ma mère est belge, avec des origines flamandes et néerlandaises, issues de ces contrées très anthropisées, également vides de la grande faune. Imaginez quels immenses territoires ont perdu les grands animaux dans les plaines européennes. Imaginez combien il sera également difficile de voir revenir certaines espèces qui effraient parfois les populations (je pense au loup) et/ou qui buteront devant les intérêts agricoles et forestiers (je pense à l’élan).

Elan.jpg


Pour des raisons culturelles, historiques, économiques et sociales, des lâchers d’ours mal pensés n’aboutiront donc jamais à la reconstitution d’une population d’ours dans les Pyrénées, et n’entretiendront qu’illusion et confusion. Or, le retour de l’ours ne sera opéré que lorsque des centaines d’individus repeupleront tout le massif, seuls à même d’assurer la viabilité de l’espèce. Si ce retour suppose l’édiction de règles fermes, notamment en matière de chasse en battue ou en matière pastorale, il nécessite un ancrage profond de la défense de l’ours au sein des territoires concernés, une très grande rigueur, une forte capacité d’écoute et de compréhension, et une inévitable remise en cause des échecs passés.

 

La collection Radicaux Libres, qui publie Plainte contre la France entend « favoriser une « réformation » complète des valeurs en cours en donnant une voix à ce que les pouvoirs ne veulent pas entendre ». Elle postule qu’ « une révolution écologique appelle un véritable changement de civilisation. » Je remercie ici son directeur de m’avoir permis de m’exprimer et j’appelle les futurs lecteurs à s’emparer de la question fondamentale du retour de l’ours, en faisant fi des mandarinats et des idées toutes faites, en cherchant par tous les moyens à se forger une réflexion autonome. La fréquentation assidue et hors-piste du terrain, animal et humain, est bien évidemment une des voies  essentielles pour s’extraire des autoroutes balisées de la fausse pensée « écologique ».

 

Le retour de l’ours, n’est pas, à mes yeux, un projet de développement fut-il « écologique » ou « durable », Ours-des-forets-pleines--1-.JPG
Ours-des-forets-pleines.JPG il doit accompagner et précipiter l’inévitable changement de civilisation.
Loir-degustant-une-pomme--en-Slovenie.jpg

 Il est un projet d’avant-garde avec pour volonté farouche d’œuvrer pour l’alliance future des hommes et de la nature sauvage.

 

Chevreuil-orphelin.JPG

Nous sommes nombreux à souhaiter un vrai retour de l'ours, mais gare à ne pas confondre ce retour avec des lâchers d'animaux, plus ou moins sous contrôle humain, toujours seuls en première ligne ...

Stéphan

 

PS : je remercie également ici Philippe Charlier, naturaliste et combattant de la cause de l’ours et de la nature sauvage, qui a relu attentivement Le Pays des forêts sans ours, et proposé des remarques avisées. Son nom a malheureusement été oublié lors de la mise en page du livre.

 

 

PS : Armand Farrachi vient de publier Une semaine chez les ours aux éditions Les Liens qui libèrent (Paris).

Une-semaine-chez-les-ours.jpg

PS : Vous pouvez d'ores et déjà nous commander directement cet ouvrage. Pour plus d'information, cliquer ici.
 
Sources des clichés : Elan :

http://moosecrossing.wordpress.com/2008/09/01/moose/

 ; autres clichés : Denis et Claude Gamby ; Grégory et Stéphan Carbonnaux ; Marie Coquet

Note importante : Marie et moi-même sommes fermement opposés à de nouveaux lâchers d'ours dans les Pyrénées, dans les conditions actuelles. La première partie de Plainte contre la France a été rédigé par un collectif dont les propos n'engage que lui. Je m'exprime sur la question personnellement dans la seconde partie du livre.

christb64 28/03/2010 19:59


Chers Marie et Stephan ,
J'ai le regret de ne pas vous avoir directement commandé le livre " Plainte contre la France " , car j'ai fait ma commande sur Amazon et le livre au bout de plus d'une semaine n'est toujours pas
parti ! Tant pis pour moi!
J'écris surtout, aujourd'hui ce commentaire suite à votre opposition à de nouveaux lâchers , opposition que je connaissais déja ... Opposition que je respecte , cependant je ne comprends pas le
schéma que vous voulez appliquer en parlant de " vrai retour de l'ours " et " d'inévitable changement de civilisation " ?... Quelle est votre feuille de route et vos moyens pour y parvenir ?
Quelles sont les voies que vous préconisez dans le temps pour faire que l'ours ne soit plus instrumentalisé et en première ligne dans les Pyrénées ? Alors que vous le savez bien, toute son histoire
prouve que l'ours a toujours été en première ligne dans les Pyrénées et n'a jamais été épargné par les speculateurs de tous bords, ça ne date pas d'aujourd'hui !... Pour ma part , je suis , comme
Patrick , pour de nouveaux lâchers mais je comprends votre réticence , je comprends votre sentiment d'echec . Nous sommes donc dans une impasse si l'on considère de votre point de vue les résultats
de trente ans du plan Ours qui vient de s'achever . Echec, malgré les bonnes volontés et la pédagogie déployées de la part notamment du Fiep qui a oeuvré plus que positivement pour le pastoralisme
sans rien en retour pour l'ours dont la population a continué inexorablement de décliner . Il est par ailleurs , à cet endroit , interessant et curieux de constater qu'en Béarn où il y avait la
présence d'une structure adéquate ( IPHB )pour négocier la sauvegarde du plantigrade et où le pastoralisme a tout reçu en échange , l'ours , lui , en contrepartie a continué d'être manipulé et
impitoyablement exterminé . Alors qu'en Pyrénées Centrales , certes autour d'un noyau de convaincus , mais de façon plus autoritaire, l'ours d'un effectif quasi nul est passé à pas loin d'une
vingtaine d'individus ... Deux façons de procéder qui conduisent à des résultats opposés et contradictoires . Alors que faut-il en penser ? C'est là que j'aimerais connaitre précisément
l'aternative différente que vous proposez ...
Mon humble avis est qu'il est illusoire de vouloir repartir trente ans en arrière et de tout recommencer à zéro surtout avec une pédagogie, des concepts et des concertations qui s'apparenteraient à
ceux du Fiep avec l'IPHB... L'ours est en première ligne, a toujours été en première ligne et le sera toujours ( plus ou moins ).Il est également en première ligne en Slovénie où il doit faire face
à une régulation sévère . Peut-on dire que l'ours qui va de Slovénie jusqu'en France est tiré de sa tranquilité alors qu'il est pris sur des quotas de tirs ? Avez-vous vu les vidéos de Hvala et de
ses oursons facétieux , vous semblent-ils malheureux ? ... Il ne faut pas se voiler la face là-dessus ! On ne changera pas l'homme ni surtout les ultras pastoraux ! Rien ne changera s'il n'y a pas
une volonté de stopper trente ans de tergiversations stériles à la Béarnaise et surtout s'il n'y a pas une autorité supérieure chargée de prendre en mains la protection , le destin et la gestion
des effectifs ursins . Les élus Valléens se sont soustraits à leurs responsabilités faute de ne pas avoir été contraints par l' autorité supérieure de l'Etat . Aujourd'hui , on dit que c'est l'Etat
qui par manque de fermeté n'a pas fait ce qu'il fallait au moment voulu ... C'est vrai ! C'est donc cette même autorité de l'Etat qui doit aujourd'hui prendre les décisions qui s'imposent et
juguler les exactions des extrémistes pastoraux .
S'il n'est pas imposé, avec des moyens efficaces faits de nouveaux lâchers ,de subventions et d'encouragements nouveaux à la cohabitation, l'ours n'aura aucune chance de subsister dans les Pyrénées
. Il est aujourd'hui définitivement trop tard pour qu'il y ait " un vrai retour de l'ours ", comme vous l'entendez , ni même espérer un changement de mentalité des Lacube , Dollo et de tous leurs
amis qui n'ont même pas la moindre idée de la qualité de l'écosystème où transite l'ours et ne veullent surout rien savoir ! De plus, nous n'avons plus assez de temps ni assez d'animaux pour rendre
vraiment plausible ce " vrai retour de l'ours " . Nous n'avons, devant nous, plus le temps de recommencer des négociations et des tergiversations de trente ans dont rien ne nous assure qu'elles ne
seraient pas elles aussi , stériles . Nous n'avons même plus dix ans pour des ours Béarnais qu'il aura été indécent et indigne de laisser errer tant d'années dans leur solitude stérile . Sans
femelles est-ce une vraie vie d'ours qu'ont ces animaux ? ... A titre personnel , je pense que s'il n'y a pas de nouveaux lâchers faits autoritairement mais aussi avantageusement accompagnés il
vaut mieux prendre le parti de gérer la fin de la population ursine comme on le fait tres bien en Béarn ! Ceci dit , s'il n'y a pas une poursuite efficace du plan ours , il ne faut pas se faire
d'illusions ,ça équivaudra à du laxisme de l'Etat et ce sera pris comme un encouragement par les intégristes pastoraux qui ne se gêneront pas pour accentuer leurs exactions ... Resterait aussi une
solution : prendre deux massifs une , deux vallées au milieu , un périmètre de type Somièdo , le tout à cheval sur la France et l'Espagne , donc cogéré et décréter l'ensemble réserve naturelle
Europénne , et commencer à partir de là , la pédagogie sur " le vrai retour de l'ours " , pour éventuellement plus tard et après éducation des mentalités accompagner " l'inévitable changement de
civilisation " , et alors déborder sur tout le massif ... Je fais un peu de science fiction qui n'engage que moi ! ... Quoiq'il en soit sans autorité venu d'en haut , sans contraintes et sans
contre parties avantageuses aucune décision viable pour l'ours , et l'identité pyrénéenne des écosystèmes ne sera possible ...
Marie et Stephan , en attendant plus de clarté sur votre " vrai retour de l'ours dans un inévitable changement de civilisation " ,je vous envoie mes cordiales et amicales salutations .
Christian
PS - Ayant écrit à main levée , j'espère qu'il n'y a pas trop de fautes !
A+


Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 30/03/2010 13:14



Bonjour Christian,



Nous te remercions pour ce long message, et
j'espère que la lecture du livre Plainte contre la France suscitera d'autres interrogations.


 


Oui, comme beaucoup qui se taisent, sont moqués
ou ne sont pas écoutés, nous estimons être dans une impasse. La première des priorités nous paraît celle de la remise en question qui suppose un vrai travail sur la forme (modes de fonctionnement
au sens large) et sur le fond (doctrine, pensée et applications).


 


Sans ce travail essentiel, il y a fort à parier
que de nouveaux lâchers ne seront que de vaines agitations. Si la vie et la tranquillité d'animaux déportés (car les ours sont déportés, et d'autres le disent tout comme moi) n'était pas en jeu,
ce ne serait moins grave que des êtres humains s'épuisent en agitations. Pour avoir passé de longues semaines en Slovénie depuis 2005 je considère que les ours sont plus tranquilles là-bas que
chez nous, même si les animaux capturés pour être lâchés dans les Pyrénées sont destinés à être tirés. Leur vie est incomparablement plus douce et leur vie est abrégée en une fraction de seconde
par un tir de carabine. L'image de Hvala et ses oursons, que tu cites, est certes une belle image, mais elle n'est qu'un instantané qui occulte une réalité beaucoup plus difficile : hostilité
d'une fraction non négligeable de la population des vallées et chasses en battues incessantes. Nous oublions trop souvent que l'ours est un animal très sensible qui construit manifestement sa
personnalité en fonction des attitudes des hommes qu'il a en face de lui. Nous ne changerons pas tous les hommes (et pas les ultrapastoraux que tu nommes), mais s'il y a bien une règle à
respecter avant de réintroduire un animal c'est de faire disparaître les causes de sa disparition.


Quand tu dis que nous n'avons pas le temps, nous
estimons surtout que nous ne prenons jamais le temps de relever la tête du guidon. Je ne comprends pas pourquoi tu estimes que nous imaginons qu'il faille revenir trente ans en arrière, ou qu'il
faille discuter comme on l'a fait au sein de l'Institution patrimoniale du Haut-Béarn. Nous sommes de ceux qui pensent qu'il faut se projeter trente ans devant nous. Nous constatons que la
défense de l'ours, elle,  en reste à des lâchers "techniques" d'ours. Contribuer au changement de civilisation, c'est dès aujourd'hui considérer
l'ours comme un sujet, une personne, et non pas un objet de spéculations "écologiques". Ce qui est déjà une grande rupture dans notre relation à l'animal.


 


Au plaisir de te rencontrer de nouveau. Bonne
fin de semaine,


Stéphan



Patrick PAPPOLA 21/03/2010 22:18


Bonsoir,
Merci pour vos réponses mais en dehors de (bien) belles paroles, je reste sur ma faim et je ne comprends pas. J'ai commandé ton livre Stephan et comme d'habitude, je vais le lire avex un très grand
plaisir avec cette fois, en plus, l'espoir d'y trouver des réponses. Cela dit, tu le sais, je partage ta critique de ce qu'on appelle l'"activisme"... mais pas pour le remplacer par un immobilisme
drappé de belles paroles. Au stade où J'en suis (je mets un J majuscule car je ne parle que de moi et pas de vous qui ne vous contentez sûrement pas d'immobilisme), c'est ce que j'aurai
l'impression de faire en lâchant l'idée de renforcer d'urgence la population d'ours des Pyrénées. Vraiment, ce que vous dites ici ne me suffit pas du tout. On en reparle après ma lecture de ton
texte. Je vous laisse car moi aussi, je déménage !


Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 23/03/2010 12:17



Bonjour Patrick,


 


Tu vois combien notre position n’est pas confortable, puisqu’elle suppose de
constamment réexpliquer pourquoi nous en sommes là.


 


Les conditions impératives, à nos yeux, pour agir, sont de produire une
pensée, une doctrine (on l’appellera comme on voudra) pour le moyen et le long terme, et de la mettre en application grâce à des groupes ancrés toute l’année sur le terrain humain et écologique,
qui fonctionnent démocratiquement (je ne parle pas de la pseudo démocratie associative si courante), qui savent se remettre en question et dont les élites dirigeantes tournent.


 


Quand ces conditions ne sont malheureusement pas réunies (malgré les désirs
et les actes de nombreuses personnes qui se retrouvent, comme nous, isolées), alors, nous sommes contraints à une autre position, qui ne se confond en rien avec l’immobilisme.  Nous en tirons des observations, des enseignements très féconds pour une tout autre forme d’action. Voilà où nous en sommes.


 


Bon déménagement et bonne lecture,


Stéphan 



Pirard 20/03/2010 13:17


Là encore Stephan je partage ton point de vue, même si je ne suis pas fermement opposé au lâcher d'ours si cela est possible. Je parle bien de lâcher et non de réintroduction au coeur des pyrénées
et au sein des hommes qui habitent ces territoires. Cependant je suis (presque) sur qu'il existe une voie possible pour permettre à l'ours de se développer dans l'âme et la culture des Pyrénéens
comme un atout réel pour leur pays. Mais ce ne peut être une oeuvre de très court terme et surtout pas le résutat de pensées monoidéiques, excluantes qui évacuent l'ensemble des enjeux.Ce que j'ai
bien l'impression malheureusement que l'on s'apprête à faire....Bon je retourne à mon déménagement...


Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 21/03/2010 21:42



Bonjour Philippe,


 


Marie et moi sommes persuadés aussi que l’ours a un grand avenir dans les
Pyrénées pour peu qu’on sorte « des vieux schémas », des logiques qui ont échoué et des fonctionnements pour le moins anormaux de certains groupes. C’est une œuvre peu médiatique, qui
oblige à la discrétion, à la modestie et à la patience, tout ce que notre époque n’aime guère.


 


Toi qui connais bien les territoires slovènes peuplés par les ours, tu as
bien vu et senti combien le rapport sain que la majorité des hommes entretiennent avec les ours est primordial pour leur assurer une vie normale.


 


On dit partout, à raison, que pour assurer le succès d’une réintroduction
d’une espèce animale, il faut avoir fait disparaître les causes de disparition de l’espèce. Force est de constater, dans les Pyrénées, que cela n’est pas encore le cas. Je suis pour ma part
optimiste dans la longue durée. Dans le moyen terme, ce sera possible au prix d’un bouleversement total de nos modes de pensée et d’actions.


 


Bon déménagement et à bientôt,


Stéphan



Patrick PAPPOLA 19/03/2010 19:00


Je suis d'accord avec toi (me pencher sur ton travail) car tu ne réponds pas ici à mes questions, je vais donc, en effet, lire cet ouvrage qui m'a l'air fort intéressant, en espérant y trouver des
questions pertinentes (je n'en doute pas) et des réponses (au moins quelques unes), je l'espère. On discutera plus profondément ensuite, c'est vrai.
Je suis curieux et content de savoir que vous préparez "diverses actions dans la durée" et je vous fais confiance pour penser qu'elles seront intenses et profondes.
Mais en dehors de l'engagement individuel (ou en couple) qui reste quand même bien limité ?
Concernant le confort, surtout, pas de malentendu : je n'oserai jamais dire que votre choix est matériellement confortable (je l'ai précisé en toutes lettres au-dessus) mais c'est ce choix qui me
semble très théorique (du type "restons purs et évitons de se mouiller, nos idées sont trop belles pour cela" ou pire, "restons au-dessus de la mêlée") qui me semble moralement confortable.
Exactement comme peut l'être la position de ceux qui, en effet, comme tu le dis, privilégient la fin sur les moyens, là nous sommes d'accord, même si notre manière d'estimer ces moyens, leur
légitimité, leur pertinence, etc... peut diverger tout comme notre appréciation de ce qui est aujourd'hui stratégique et serait de nature à nous faire accepter de faire des concessions.
Bonnes fin de semaine à tous les deux.


Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 21/03/2010 21:41



Bonjour Patrick,


 


C’était en effet volontaire de ma part de ne pas répondre à toutes tes
questions afin de laisser le temps à une vraie discussion, si elle doit avoir lieu.


 


Nous ne nous imaginons pas plus purs que d’autres (ce serait très
présomptueux) mais visons la cohérence entre ce que nous pensons profondément et nos agissements. Nous ne cherchons pas non plus à nous situer au-dessus de la mêlée, mais prenons du recul et de
la hauteur, car l’activisme perpétuel est nuisible. Il finit par abolir des capacités de discernement, par nous enfermer au sein de groupes sans contact avec la réalité du terrain humain et
animal.


 


Au terme de 17 années de vie et de combat pour la nature dans les Pyrénées
(sous des formes très diverses : comme permanent puis administrateur ou simple adhérent d’une association, comme juriste professionnel, comme chargé de mission d’une autre association, comme
auteur de livres et de conférences), j’ai acquis la certitude que bien des choses étaient à revoir.


 


Ce n’est pas du tout confortable, bien au contraire, crois-nous. Car cela
implique de se remettre en question, de lutter contre l’incompréhension des autres, etc. C’est bien plus simple de rester sous une bannière, de répéter les slogans, les assertions toutes faites,
sans jamais creuser la chose à fond. J’ai écrit dans le Pays des forêts sans ours combien j’avais pu colporter certaines assertions toutes faites que
je conteste aujourd’hui.


 


A nos yeux, c’est en modifiant profondément notre regard, et donc nos actes,
sur la nature et l’animal sauvage, que nous agissons, modestement il est vrai, en vue d’un changement de civilisation. Ce changement ne sera pas brutal, il vient petit à petit, sans bruit, avec
bien des contre temps, des interruptions, mais il vient. Pour ce qui regarde les ours, c’est justement en se plaçant au plus près de leurs seuls intérêts, en oubliant les nôtres, que le rapport
avec eux peut évoluer. Tant que nous voudrons les lâcher parce qu’au fond cela nous fait plaisir, parce que certains en ont besoin pour faire vivre un label économique et touristique, parce que
d’autres en ont besoin pour gagner ou ne pas perdre des adhérents, eh bien, rien ne changera vraiment. 4


 


Bonne semaine à venir,


Stéphan



Patrick PAPPOLA 18/03/2010 21:26


Bonjour Stéphane et Marie,
Désolé de ne plus pouvoir communiquer que via les commentaires de ce blog. Je le regrette fortement car d'autres portes sont ouvertes me semblait-il.
Au sujet des l'ours et des Pyrénéens donc des Pyrénées : Stéphane, d'accord sur les grands principes... Mais après ? En 2010, on fait quoi pour l'ours des Pyrénées ? Les plus ou moins 20 ours
actuellement présents sur le massif, vous les sacrifiez ? Tu dis, Stéphane, que le retour de l'ours doit " accompagner et précipiter l’inévitable changement de civilisation".
"Accompagner", c'est à dire que ce retout doit se faire maintenant ou bien attendre "le changement de civilisation" ? Est-ce que pour toi ce changement est un préalable pour agir en faveur de
l'ours ? Penses-tu que ce changement est déjà en cours ?
Je te pose ces questions car je ne parviens pas à comprendre ce que tu proposes en dehors de grands principes théoriques. La théorie sans l'action ne mène pas à grand chose, même si la théorie est
un fondamental, nous avons toujours été d'accord là-dessus.
Par exemple, tu écris donc que le retour de l'ours doit aussi "précipiter" ce changement de civlisation. D'accord, mais qu'imagines-tu en matière de choses à accomplir derrière ces paroles ? Que
doit-on faire selon toi ou que fais-tu toi, pour cela ? Je ne dis bien sûr pas que tu ne fais rien, là n'est pas mon propos, mais sincèrement, que faire ?
Je comprends et souscris à une nécesité de s'inscrire dans un temps long, Braudelien, mais jamais Braudel n'a mis en avant une quelconque hiérarchisation des différents temps de l'HIstoire avec la
nécessité de sacrifier le présent au temps long.
C'est cela qui me gêne dans ton discours, car c'est un discours : AUJOURD'HUI, sans attendre les lendemains qui chantent, tu proposes quoi pour l'ours des Pyrénées ? Pour la population actuelle et
pour que "le retour de l'ours précipite l'inévitable changement de civilisation" ?
Cela me manque trop cruellement dans ton discours pour y adhérer, j'ai l'impression de sacrifier le présent et de croiser les bras en attendant mieux. C'est pour moi insupportable.
Un autre point qui me gêne : tu dis que ce retour de l'ours est "un projet d’avant-garde avec pour volonté farouche d’œuvrer pour l’alliance future des hommes et de la nature sauvage".
Certes, c'est beau énoncé ainsi. Mais cela sonne trop pour moi comme la nécessité d'attendre une majorité absolue favorable à l'ours dans les Pyrénées pour continuer quoi que ce soit.
Encore une fois, il n'y a qu'en matière de protection de la nature qu'il faudrait attendre d'avoir 90 ou 100% de personnes d'accord pour agir. AUCUNE décision n'est ou ne fut prise de cette
manière, ni aujourd'hui, ni hier...
Hélas, jamais l'Histoire ne s'est faite ainsi, malheureusemnt, l'Histoire des Hommes est aussi l'Histoire de combats et de luttes parfois très durs et ce sont ces luttes et ces combats (fussent-ils
comme j'y aspire, non-violents mais ce fut presque jamais le cas) qui ont permis aux hommes certaines conquêtes comme le droit de vote.
Voilà un article qui en parle plutôt bien puisqu'il est écrit par un écologiqte radical comme nous :

EXTRAIT :
"Je pense que notre époque est tragique. Et que les hommes n’aiment pas ceux qui leur rappellent que leur histoire l’est très généralement. Je crois que je parviens à irriter jusqu’à une partie de
ceux qui ont la patience de me suivre dans mes méandres et circonvolutions. Les générations qui se sont succédé depuis l’après-guerre ont simplement oublié l’extrême violence des relations entre
humains. Beaucoup, parmi nous, croient banalement que ce qui a été sera. Et que la paix succèdera à la paix. Hélas, ils se trompent."
Le texte (excellent) en entier est ici :
http://fabrice-nicolino.com/index.php/?p=814

Bref, en lisant vos nouvelles idées, Stéphan et Marie, je reste sur ma faim et j'ai l'impression qu'il est moralement (pas matériellement, que nenni! Je sais bien), bien confortable de tout
repousser vers un futur idéalisé. C'est exactement ce que font les tenants scientistes du progrès scientifique : l'avenir sera radieux... quand finalement, il est plutôt radio-actif ! Peut-on se
payer le luxe d'attendre des lendemains qui chantent ? En a-t-on simplement le droit ?
Et le présent, aujourd'hui, en 2010, que fait-on pour l'ours et les Pyrénées ? On laisse vociférer les anti-ours qui manifestaient à Tarbes en disant que finalement, puisque leurs ancêtres (comme
les notres) ont toujours lutté ocntre la nature, il n'y a qu'à continuer comme cela en attendant un avenir meilleur pour la nature, la naturalité, le sauvage et le seigneur des Pyrénées ? Attendre
et ne rien faire ? Ce n'estpas de vous Marie et Stephan, alors écoirez ma lanterne ! Attendre et faire quoi ? Faut-il attendre parceque certains pyrénéens souhaitent toujours se battre contre la
nature, parceque leurs ancêtres tuaient des ours ?
Je ne vous comprends plus, aidez moi.


Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet 19/03/2010 11:06



Bonjour Patrick,


Pour des raisons que tu connais en partie, oui, malheureusement, la
communication a été rendue difficile. Mais elle n’est pas rompue, la preuve.


 


Pour te répondre, au nom de nous deux, je suis tenté de te dire de lire mon
essai-récit Le Pays des forêts sans ours qui couvre 70 pages du livre. C’est la base d’une éventuelle discussion avec ceux qui le souhaitent. Il m’a
coûté suffisamment d’efforts, alors j’aimerais être lu.


 


Pour ne pas en rester là, et te répondre sur la nécessité de l’action
aujourd’hui, en 2010, qui te taraude, nous pensons et mettons en application notre désir de repenser, à notre niveau, la protection de l’ours et de
la nature sauvage dans son intégralité. Elle en a bien besoin et c’est un énorme chantier ! Pour ce faire, nous avons pris du recul, nous nous sommes installés dans une vallée très concernée
par la présence des ours et préparons diverses actions dans la durée.


 


Nous rejetons bien des fonctionnements, des actes et des attitudes qui ont
conduit à l’échec actuel, notamment matérialisé par les manifestations des forces anti nature, comme à Tarbes tout récemment. Nous œuvrons  avec ceux
qui respectent les règles de vie en société, qui pratiquent la réelle démocratie directe, qui vivent la solidarité en actes. Nous ignorons les autres.


 


Voilà, nous n’avons pas choisi une voie facile, contrairement à ce que tu
estimes. La facilité, c’est de ne rien remettre en question, de penser que la « cause » prime tout, qu’elle est plus importante que le respect de règles élémentaires. Enfin, nous
pensons d’abord aux ours que nous exposons, bien malgré eux, aux feux de leurs ennemis.


 


Bonne fin de semaine,


Stéphan 



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