Un excellent article de presse en défense de la Moratcha

  • Stéphan Carbonnaux et Marie Coquet

Logo-Vijesti.gifNous publions aujourd'hui la traduction d’un article paru dans le quotidien monténégrin Vijesti à la date du 29 avril 2010 et traitant de l'importance fondamentale de sauver la Moratcha. 

 

Logo Courrier des BalkansCet article a été publié en langue française par « Le Courrier des Balkans – Le portail francophone des Balkans » http://balkans.courriers.info, le jeudi 20 mai 2010, qui nous autorise, par l’entremise de Komnen Becirovic, à le publier nous-mêmes. Nous remercions « Le Courrier des Balkans » pour cette publication qui est une très belle défense culturelle du site de la Moratcha.

 

« Sacrifier le monastère de la Morača serait un sacrilège » 

 

Auteurs : Tatjana Pejović et Aleksandar Čilikov,  historiens d’art

  Traduction : Persa Aligrudic

 

 

 

« Le Monténégro, réputé pour la beauté de son littoral, renferme bien d’autres trésors. Dans l’arrière-pays subsiste tout un héritage culturel et religieux unique, notamment les nombreux monastères orthodoxes. Néanmoins, la construction de diverses infrastructures met en péril ces chefs d’œuvres du patrimoine monténégrin. Aujourd’hui, c’est le monastère de la Morača, véritable bijou artistique, qui se voit menacé par la construction d’un barrage hydro-électrique. Les pouvoirs publics prendront-ils conscience de la nécessité de préserver ces monuments ?

 

Monastere-de-la-Moratcha-Site-de-Branlislav-Milic.jpgLe sujet d’actualité concernant la construction de centrales hydrauliques sur la rivière de la Morača a soulevé plusieurs questions. Ainsi, les conséquences que subirait le monastère Morača sont insuffisamment soulignées. La dévastation des complexes monastiques au Monténégro n’est pas chose nouvelle. Il est bien connu que les centres spirituels ont été érigés sur les plus beaux sites avec lesquels ils formaient un ensemble indissociable. C’est précisément ces beautés exceptionnelles qui sont sous le coup d’activités déplorables.

 

La lutte pour sauvegarder une partie du complexe du monastère de Savina avec sa végétation méditerranéenne et son environnement séculaire a stoppé récemment. Par ailleurs, depuis longtemps, le paysage originel aux alentours du monastère de Praskavica dont les oliveraies s’étendaient jusqu’à la côte, a disparu. Et à l’entrée de Cetinje, la nouvelle route et l’agglomération de Medovina ont repoussé au second plan la Tablja (tour de défense) et le monastère. Quant à celui de Morača, il a déjà subi une dégradation lorsque la construction de l’actuelle route l’a arraché à son site naturel, ses falaises rocheuses. 

 

La construction de centrales hydrauliques sur la Morača à l’origine du problème

 

Tout a commencé avec la création de lacs artificiels pour les besoins de centrales électriques à l’origine du déplacement de monastères. D’abord celui de Kosijerevo, puis le monumental monastère de Piva abritant plus de 1260 m2 de fresques, et enfin le modeste complexe du monastère de Dubočica. Kosijerevo et Dubočica, qui étaient situés aux bords des rivières idylliques de Trebišnjica et Čehotina ont perdu tout charme une fois réinstallés sur des terrains privés d’eau. Piva a perdu à tout jamais sa fameuse source de la Sinjca. Le déplacement des monastères était un « mal nécessaire » a-t-on dit. Bien que tout ait été fait selon une méthodologie experte et les principes de conservation, il n’en reste pas moins que les monastères en question ont subi des dommages à cause de leur ancienneté et des conséquences de leur déplacement.

 

St-Eliie de Moratcha, 1252Qu’adviendra-t-il du monastère de Morača ? Il ne peut être déplacé. C’est un site trop complexe avec de nombreuses spécificités et notre pays ne dispose ni des moyens professionnels ni des moyens matériels pour un déplacement sans problèmes. L’extraire de son canyon grandiose serait un crime impardonnable. Le laisser se refléter dans les eaux mortes d’un lac, sans les chutes de Svetigora serait aussi un crime. Le changement inévitable du microclimat serait un risque supplémentaire, imprévisible pour sa future survie.

 

On a l’impression que le large public, voire les représentants de la culture, ne sont pas conscients du trésor que renferme le monastère de Morača. On y trouve parmi d’autres trésors la fresque mondialement connue représentant le prophète Élie nourri par un corbeau, dont la beauté antique présage la période de la renaissance qui va naître de l’autre côté de l’Adriatique avec les fresques de Giotto.

 

Le monastère de Morača, un trésor unique

 

Par un concours de circonstances historiques s’est joué dans le monastère un phénomène culturel unique en son genre. Après une restauration au XVIème siècle lorsque de modestes maîtres ont essayé de poursuivre l’œuvre de leurs glorieux prédécesseurs à l’époque de la création du monastère, Morača devient le refuge des peintres du XVIIème siècle dont les œuvres ont atteint l’apogée dans la sphère de l’art post-byzantin sur tout le territoire des Balkans orthodoxes. Le pope Strahinja de Budimlja, le moine du monastère Hilandar Georgije Mitrofanović, Kir Kozma Jovan, ont été aussi d’excellents maîtres de fresques et d’icônes. Le pope Strahinja a peint la proskomidia, Georgije Mitrofanovic une partie du porche et de la façade ouest. Le plus talentueux d’entre eux, Kir Kozman Jovan, a peint les fresques du paraklis de Saint Stéphane et la petite église de Saint Nicolas, offrant une galerie unique de fresques murales. C’est à lui que l’on doit la plus grande icône à gravure dorée, Saint Sava et Nemanja avec les hagiographies qui n’ont pas leur pareil dans l’iconographie des Balkans. Une symbolique sublime imprègne l’œuvre de Kir Kozma Jovan, les éléments de l’art occidental sont admirablement unis à la spiritualité de la notion orientale de la beauté. Ces mêmes peintres sont les créateurs de la somptueuse iconographie où domine la croix monumentale de la Crucifixion. Les successeurs de cette pléiade d’artistes, Radul et Dimitrije Daskal, ont également laissé leurs oeuvres au monastère. Ainsi Saint Luc peignant la Sainte Vierge, chef-d’œuvre du maître Radul, est un genre unique dans l’iconographie du XVIIème siècle.

 

L’architecture du monastère de Morača unit deux styles de construction. La disposition des espaces internes est du type des églises de Raška influencée par Byzance, tandis que l’extérieur revêt un aspect roman. La série d’arcades sous la couronne de la toiture, la finition du portail, des fenêtres et des bifores décoratives ont été réalisées dans l’esprit de l’art occidental. L’harmonie architecturale est due à une fine gradation des masses en verticale et des fenêtres asymétriques, ce qui contribue à donner une luminosité répartie uniformément à l’intérieur.

 

Le monastère de Morača est le seul monument sacré moyenâgeux a ne pas avoir été restauré ou dégradé. Nous le voyons tel qu’il était, il y a 758 ans, lorsque Stefan Vukanović Nemanjić a entrepris de l’ériger en 1252 à la gloire de l’Assomption de la Sainte Vierge. Suite aux saccages commis par les Turcs, le monastère est resté sans toiture durant 80 ans, ce qui a endommagé l’iconographie première. Le monastère a servi durant des siècles de refuge au peuple monténégrin dans sa lutte pour la liberté. Il était habité par la spiritualité, on y cultivait le lettrisme, des œuvres d’art sublimes y étaient créées. Sa beauté et son originalité sont le fruit des deux esthétiques de la chrétienté, l’orient et l’occident, qui donnent au monastère de Morača une superbe harmonie. 

 Moratcha 1991

Le monde autour de nous livre bataille pour restituer les trésors culturels aux pays d’origine. Les Grecs demandent les frises du Parthénon, les Égyptiens la tête de Néfertiti et la pierre de Rosette. Le Monastère Morača est notre Parthénon, notre Néfertiti, nous n’en avons pas d’autre. Faut-il donc le sacrifier en vue de la grande inconnue qu’est la construction de barrages sur la magnifique rivière qui a donné son nom au monastère ? »

 

 

Clichés :  collection personnelle de Komnen Becirovic, excepté le premier cliché : http://www.milic.com/montenegro/geographie/index.html?=mngeographie.html

 

 

IL FAUT SAUVER LA MORATCHA, LA NATURE ET LA SPIRITUALITE S'Y MARIENT DANS UNE COMMUNION FORMIDABLE, CESSONS CES SACRILEGES !

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