La Nature sauvage de François Merlet

Nous regrettons beaucoup de ne pas être présent demain pour le vernissage de cette exposition, et saluons ici tous ceux que nous espérions revoir et rencontrer.

François Merlet, retiré en Gironde depuis les années 1970, méritait un tel hommage. Bravo et merci au muséum de Bourges.


Ci dessus : François Merlet 


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Lire l’annonce de l’exposition, ci-dessous :

François Merlet, disparu en juillet 2006, est considéré à juste titre comme le pionnier de la photographie animalière française.


Le muséum d’histoire naturelle de Bourges rend aujourd’hui hommage à ce grand naturaliste, chasseur d’images à l’immense talent mais aussi journaliste, poète et pamphlétaire. Ses écrits prémonitoires sur l’ours et la Nature, qu’il honorait toujours d’une majuscule, sont à méditer. Ses images d’oiseaux et de mammifères, qu’elles viennent de la Sologne ou des Pyrénées, n’ont que quelques décennies mais elles témoignent déjà d’un temps qui s’efface sous nos yeux : celui de la vie sauvage.  


Les héritiers de François Merlet ont souhaité déposer l’ensemble du fonds de leur père au muséum de Bourges et c’est pourquoi nous pouvons présenter une exposition très complète sur l’homme et son oeuvre : agrandissements photos, négatifs, diapositives, reportages, notes d’observation, dessins originaux, correspondances avec des scientifiques, études sur le loup et l’ours des Pyrénées constituent les archives qui ont contribué à l’élaboration de cette exposition.


Michèle Lemaire et Laurent Arthur

Cette exposition en hommage à cet homme si talentueux, est l’occasion de rappeler qu’un hommage lui avait déjà été rendu dans le magazine Photofan au printemps 2008. Jean-Luc Potiron, Daniel Magnin, Serge Chevallier, Jean-François Terrasse, Laurent Arthur et moi-même y avaient participé. Ce superbe numéro de Photofan, d’ailleurs exclusivement consacré à la nature, comportait 12 pages de photographies, d’extraits de textes de François Merlet, de témoignages et une courte biographie. Il est toujours disponible : numéro 20, mai-juin 2008, à commander sur le site www.chassimages.com (cliquer sur la boutique, Photim.com, en haut à droite) au prix de 4 euros (port non compris).


– François Merlet, parcours atypique d'un amoureux de la nature sauvage et souvenir d'une rencontre inoubliable

François Merlet naît en banlieue parisienne le 12 avril 1930 et vit ses premières évasions dans le bocage vendéen. Voilà un garçon, tôt marqué par la lecture de Jacques Delamain et de Robert Hainard, qui abandonne le fusil Mauser du grand-père, retrouvé dans une mare, pour son premier appareil photographique. Son service militaire achevé, il entre à l’École normale puis enseigne à Goussainville et Argenteuil, en Seine-et-Oise, qu’il gagne à vélo depuis Nanterre. Accueilli par les cris « À bas le pion ! », François Merlet, animé d’une foi immense, emmène ses élèves dans les plaines encore riches de perdrix et de papillons, réclame même des cours d’instruction civique sur la nature à l’heure où rien de tout cela n’existe encore. Hors de l’école, François Merlet est fauconnier, comme ses amis Jean-François et Michel Terrasse, c’est aussi une très belle plume qui publie trois recueils de poésie entre 1953 et 1955 parmi lesquels de petits bijoux : En penne,  en joye ! (1953) dont voici un extrait. Je remercie à ce titre une nouvelle fois Jean-François Terrasse pour cette très belle découverte.

François Merlet avait commencé sa vie d’auteur par des poèmes, publiés dans les années 1950.

 


 

 

 


 


"Le Sauvage", c’est ainsi qu’on le surnomme parfois, découvre la Bretagne, les colonies tout juste révélées de vautours fauves des Pyrénées, et mène une recherche quasi policière des ultimes loups qui survivraient en  France1. Merlet lit, interroge les paysans, dévore les cartes, recoupe les renseignements et fixe la bête, avec le concours de son ami Chevallier, quelque part en Berry, pendant l’hiver glacial de 1962-1963. On imagine mal aujourd’hui l’effet produit par leur publication dans Paris Match : certains pensaient à une tricherie, d’autres jalousaient… Espion chez les bêtes, paraît chez Maraboutscope en 1964 (« Admirable. J’aime ce dédain de la photo réussie au profit de la vie et du mouvement » écrira Robert Hainard), puis Le Grand Livre de la Sologne, chez Crépin-Leblond, un superbe grand volume, la même année. Et dans toutes les presses, y compris cynégétiques, François Merlet écrit, parfois des papiers très offensifs en défense des animaux dits "nuisibles", de la nature partout rognée. L’ours le travaille si fort qu’il s’installe au Pays Basque, à Montory, en septembre 1965. Fruit de plus de cent nuits d’affût, L’Ours, seigneur des Pyrénées, paraît à Pau en 1971 avec les premières photographies en couleurs de nos ours. Cette même année, il s’établit définitivement en un lieu boisé et reculé de Gironde, à Saint-Antoine-sur-L’Isle, où il vit de « façon rude et dépouillée ». Il fait paraître une nouvelle édition du Seigneur des Pyrénées, chez Erables en 1988, puis viendra France sauvage, au Sang de la terre en 1989 (qui contient un émouvant « Adieu les ours ! »), et enfin Pyrénées sauvages, chez Chabaud en 1991.


La découverte de ses livres m’avait bouleversé, mais c’est tardivement que j’osais lui écrire et l’approcher. Aller chez François Merlet c’était comme pénétrer dans la tanière d’un loup après un long voyage à travers plaines et coteaux de Gascogne. D’ailleurs c’était bien une tête lupine qui vous accueillait sur la porte de sa modeste maison en bois, cachée sous les chênes. Du reste, Merlet avait tout du loup, bien plus que de l’ours auquel on l’associe si fréquemment. Nous l’avons rencontré la première fois, en septembre 2005, Dominique Boyer, Pierre Navarre et moi, pour l’entendre nous parler de la spirituanimalité, parfaitement à contre-courant de la bouillie servie ici et là, de ses aventures pyrénéennes, de Robert Hainard, du loup bien entendu, de la boulimie d’images qui l’horrifiait, et de sa vie si marginale, qui, immanquablement, rappelait celle de Henry David Thoreau, son maître, au bord de Walden. Nous sommes repartis assez chamboulés d’une telle visite, d’autant que mes compagnons s’étaient tous deux lancés sur les traces de l’ours et dans la photographie après avoir lu le merveilleux Seigneur des Pyrénées. Le 1er avril 2006, je le rencontrais de nouveau, cette fois-ci avec Stéphane Hommeau, ami naturaliste qui fut très ému lui aussi. Merlet, d’habitude si terré, avait accepté quelques jours auparavant de parler aux enfants du coin, à la médiathèque de Saint-Seurin qui avait organisé une exposition de ses photographies ursines. François était heureux de cette petite reconnaissance, nous avions prévu de passer plusieurs jours sur son terrain pour conjurer la « compression du temps », insistait-il. Il est parti trop tôt, au début de juillet 2006, tel un vieux loup fatigué par la grande chaleur. Mais combien ses yeux bleus d’enfant et de poète étincellent encore devant moi !


Stéphan Carbonnaux


1 D’après nos conversations, il ne fait aucun doute que François Merlet était persuadé de la survivance de quelques loups en France après-guerre, et du passage de quelques bêtes, en provenance d’Espagne notamment, par les antiques voies lupines. 

 

Cliché publié (mais coupé) dans France sauvage, aux pages intitulées « Printemps d’Armor », avec ce poème :

 


 

 

 
Le chien au coin du feu
Rêve des origines

La braise de ses yeux

Reflète une forêt

 

J’aime le chien pensif

Qui surveille la flamme

Quand ses douces oreilles

Ecoutent le passé.

 

Le feu auprès du chien

Rêve du premier germe

Son esprit chaleureux

Célèbre la forêt.

 

J’aime le feu dansant

Qui surveille le chien

Quand son âme brûlante

Eclaire le passé.


François Merlet


Crédits : François Merlet
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