Marie : mon amour pour la nature

Marie petite dans les Pyrénées

Je suis née en 1979, à Nantes. J'ai toujours aimé la nature, je l’ai constamment perçue comme un havre réconfortant au milieu d’un environnement et d’une réalité désenchantés. Au sein des arbres, auprès des animaux, je trouvais un réconfort et une harmonie qui me soulageaient.

Enfant, j’attendais que nous partions, quasiment chaque week-end, pour notre maison de campagne, loin de la ville et du tumulte agressif qui m’oppressaient.

Le rapport que je nourrissais avec la nature m’offrait le luxe d’être telle que j’étais, sans le masque qu’il faut souvent présenter pour être accepté au sein des groupes humains.

 

 

La passion du cheval m’a prise alors que j’avais une dizaine d’années, même si j'étais attirée depuis longtemps par cet animal, et n’a fait que renforcer cet amour profond que j’ai pour la terre. Il m’a permis de vivre encore plus intensément le contact brut avec cette nature indispensable à mon équilibre. Cet animal imposant par la puissance qui se dégage de lui, sa force tranquille m’apaisait et je retrouvais là les odeurs de la bête, le contact avec la terre qui représentaient une sorte de puissance et vigueur sécurisantes.

 

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Mes premières randonnées équestres m’ont enchantée. Il me semblait être plus en symbiose encore avec les éléments naturels. Quelle magie de sentir le vent fouetter le visage ou la pluie s’écraser contre nous, de percevoir la chaleur de cet incroyable animal tout contre soi et la complicité qui nous unissait. 


Après quelques péripéties certainement inévitables à qui cherche une voie peu conventionnelle, j’hésitais entre deux pistes : l’humanitaire ou la nature. Je ressentais très fort le caractère éphémère de nos existences et me disais bien souvent qu’arrivée au terme de ma propre vie, j’espérais être parvenue à lui donner un sens, malgré les échecs et les déboires, les erreurs et les doutes. Mais c’est la nature qui a toujours représenté, pour moi, un socle indispensable, garant de mon équilibre. Et lorsque j’ai pu faire un choix, je me suis dit que c’était pour elle que je souhaitais véritablement m’investir à la mesure de mes moyens. Je me suis orientée vers des études de géographie, désormais consciente qu’il me fallait disposer d’un bagage pour avoir une quelconque chance d’œuvrer pour elle. Pourquoi cette discipline ? Parce que je n’étais pas vraiment matheuse et je me disais qu’avec de la pugnacité je pourrai peut-être obtenir mes diplômes, que je voyais comme des sésames. Les premiers mois ont été difficiles car il y avait beaucoup d’étudiants issus de filières scientifiques. Les cours de géologie, de géomorphologie, de cartographie, de statistiques puis de télédétection me donnent encore quelques cauchemars lorsque je me rappelle qu’il m’arrivait trop souvent à mon goût de ne rien comprendre, du début à la fin du cours !


 J’ai jugé un moment qu’il serait plus raisonnable de me réorienter vers d’autres études, j’ai même pensé de nouveau à l’humanitaire ou aux lettres mais je me rappelle très clairement, alors que j’étais pleine de doutes et commençais des démarches pour rejoindre une autre filière, avoir regardé un arbre et me dire que je n’avais vraiment pas envie de m’éloigner de la nature. Dès lors, j’ai continué la géographie pendant … cinq années ! Je me répétais que tout n’est que question de volonté et me suis finalement bien faite à cette science-là.

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Durant mon cursus, j’ai choisi, en fonction de ce que je me sentais capable de faire, les options qui pourraient m’aider à concrétiser mon projet consistant à travailler pour la protection de la nature. A l’époque, je disais encore « environnement », partiellement consciente de la laideur de ce terme. Biogéographie, terres et mers atlantiques, climatologie, etc., faisaient partie intégrante de mon parcours universitaire.

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En quatrième année et pour mon mémoire -encore de la géographie physique (pour quelqu’un qui n’est pas tellement prédisposée aux sciences dites « dures » c’était tout de même risqué !)-, je choisissais de traiter d’un tronçon de bassin versant situé près de chez mes parents. « La vallée du Don, étude d’un tronçon fragilisé et anthropisé, projets de restauration pour les sociétés rurales ? », tel fut le sujet de mon travail.


En cinquième année, c’est finalement l’ours que j’ai retenu, en accord avec le professeur chargé de la direction de mes travaux, comme sujet pour mon mémoire. L’animal m’attirait et les Pyrénées me fascinaient. Je rêvais de pouvoir vivre au milieu de ces montagnes. Elles représentaient cette force vive et tranquille, cette nature omniprésente. Comme je le répète souvent, à la montagne, la nature n’est jamais bien loin. Lorsque qu’on lève les yeux, elle est là, indomptable, elle se dessine sur l’horizon et semble vous embrasser. Lorsque j’étais enfant, nous étions venus y passer quelques vacances. Plus tard, je m’y suis rendue à plusieurs reprises, rejoindre certains membres de ma famille qui s’y étaient installés. L’ours n’a, bien évidemment, pas manqué de m’intéresser, compte-tenu de mon vif intérêt pour la gent animal. Je cherchais aussi à comprendre pourquoi il nourrissait tant de polémiques. C’est donc assez naturellement et avec enthousiasme que je me lançais dans les travaux inhérents à la réalisation de mon mémoire qui s’intitule : « L’ours brun et les sociétés rurales montagnardes des Pyrénées françaises : des rapports complexes ».

A la fin de mon cursus, Farid Benhammou, dont j’avais assisté à la soutenance de thèse en région parisienne, me proposait de coécrire un article sur l’ours. J’acceptais et c’est dans la revue Norois que parut notre article. Je le remercie vivement et très chaleureusement de m’avoir offert cette opportunité.

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Parallèlement, je me rendais compte que je manquais de pratique et que j’aurais non seulement beaucoup de difficultés à trouver un travail susceptible de correspondre à mes attentes, mais que j’avais aussi besoin de me confronter au terrain pour être plus légitime et apte à véritablement prétendre à un poste dans le domaine de la défense de la nature. J’ai suivi pendant une semaine l’animateur de la maison de la forêt, située près de chez mes parents. Il m’a confié la conception d’une animation autour d’un site de la forêt du Gâvre, pour des petits enfants de maternelle. Je me suis retrouvée seule à plusieurs reprises dans la forêt et je me sentais pleine de cette vie qu’elle recelait mais aussi attristée par la surexploitation dont elle était victime, celle-là même qui l’empêchait d’exprimer réellement sa belle énergie sylvatique. Je suis ensuite rentrée en formation, pour pouvoir obtenir une convention de stage qui me permettrait de rejoindre des structures de protection de « l’environnement ». Après avoir effectué la partie théorique dans mon fief de Loire-Atlantique, je me suis dit que j’étais à la croisée des chemins ; que si je voulais rejoindre les Pyrénées, c’était peut-être maintenant ou jamais.

J’ai mené deux stages en Midi-Pyrénées, car je ne me résolvais pas à faire un choix. L’un à Toulouse dans une structure de protection de l’environnement, le second pour Ferus où Farid Benhammou m’avait recommandée. J’y étais chargée de mission bénévole dans le cadre de la première session d’éco bénévolat de « Parole d’ours ». Je travaillais pour le premier stage durant la semaine et pour le second le soir et le week-end. J’ai été déçue de ce qu’était la protection de l’environnement. Suffisait-il d’appliquer ce vernis, vide de substance et d’engagement réel pour escompter faire réellement évoluer les choses ? J’ai compris qu’il était vain d’attendre que de telles structures aident à faire accoucher nos sociétés des profonds changements de comportements et de perception, dont nous avons pourtant un besoin fondamental. J’avais choisi le cadre associatif car je pensais qu’il était mû par des hommes qui n’avaient pas oublié pour quoi ils œuvraient.


 

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Ma joie consistait donc à retrouver chaque week-end les montagnes dans le cadre de ma mission pour Ferus. C’était un enchantement réel quand je devinais les premiers reliefs, assise dans le train qui me conduisait vers eux !



 

Pour Ferus, j’ai écrit, entre autre chose, la quasi-totalité du rapport de presse de « Parole d’ours », édition 2008. Je ne m’appesantirais pas, mais la déception occasionnée par ce groupe pour lequel je m’étais tant investie et qui avait reconnu la qualité du travail de Stéphan ainsi que du mien, a été très rude et a conforté, une nouvelle fois, ce que mes expériences diverses au sein du milieu associatif avaient fait apparaître.

 

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Enfin, c’est maintenant au cœur de ces belles montagnes que nous vivons Stéphan et moi, et désirons concrétiser des projets qui, s’ils sont difficiles à mettre en œuvre et représentent une voie ardue, sont aussi pour lui comme pour moi, un engagement profond et sincère.

 


Stéphan m’a permis de comprendre que, contrairement à ce que la géographie m’avait appris, la nature n’est pas morte. Dans ma discipline, on lui préfère le vilain terme d’environnement car on considère que la nature n’existe, pour ainsi dire, plus. De fait, on nous enseigne qu’elle est façonnée quasiment partout, à l’exception de quelques lambeaux de forêts primaires, par la main de l’homme. Stéphan m’a dit de regarder le ciel, ou un terrier de blaireau, de considérer l’ours dans la forêt et de me rendre compte qu’ils n’ont rien à voir avec l’homme. Qu’il me suffisait de soulever une pierre pour le sentir encore. Je ne saurai exprimer la joie que cette évidence a occasionnée en moi, j’ai senti un vent de liberté me traverser ! La nature est partout à notre porte et ce n’est pas pour l’environnement (terme anthropocentriste au possible) que nous œuvrerons, mais bel et bien, osons le dire et le scander : pour la nature ! Celle-là même qui nous autorise  à exister !

Il m’a aussi conduite à découvrir des sensations extraordinaires au sein de la nature, que je n’avais jamais partagé avec personne. Les premiers affûts aux chouettes effraies, c’était avec lui dans les ruines d’un château pyrénéen. Cet oiseau de la nuit à la face fascinante, à l’œil obscur, qui avait installé sa nichée au creux de ces vieilles pierres chargées d’histoire : c’était vraiment captivant de pouvoir nous fondre dans cette intimité-là !

C’est aussi avec lui que j’ai habitué mon œil à prêter attention aux animaux du dehors. Incroyable ! Je me suis rendue compte que j’avais dû louper, faute d’expérience, un nombre incalculable de rencontres et d’observation ! A côté de combien de merveilles passons-nous sans nous en apercevoir ! La quête du blaireau, c’est aussi lui ! Nous avons eu la chance de voir nettement le dos de l’animal éclairé par la pleine  lune !

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J’ai dormi au milieu des loups et des ours et vécu des instants forts et intenses. Nous étions, avec des amis, occupés à ranger à tâtons, dans une sierra espagnole sur laquelle la nuit s’était installée, les restes de notre dîner lorsque nous nous sommes tous figés : les loups s’appelaient et se répondaient autour de nous. C’était là l’une de ces symphonies merveilleuses qui provoque la chair de poule. Je me rappelle de l’émotion qui nous a tous traversés.


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Je me souviens aussi de cette autre nuit au pays des ours où je me suis sentie toute petite au milieu de la forêt, où mes sens me sont véritablement revenus, mes propres sens animaux. Pendant que je dormais, j’écoutais et je comprenais, inconsciemment, que j’avais, pour cette nuit au moins, réintégré ma place d’humain au sein des autres espèces. Ce fut une véritable leçon d’humilité. Le seul désordre fut occasionné par un quad qui a troublé cette belle ambiance nocturne. J’ai assisté aux baignades et « pique- niques » de la loutre facétieuse sur la Garonne et en Espagne, à des curées de vautours fauves, à des parades de milans, j’ai écouté les grues, etc.


Les mammifères m’intéressent beaucoup. Je trouve extraordinaire de constater les similarités incroyables que nous avons, nous autres issus de cette même classe. L’expérience vécue avec les deux bébés hérissons était fantastique (cf. Bon vent à Elorri et Oihan !). L’adoption a été réciproque. En règle générale, la communication entre les espèces est quelque chose de fabuleux et je trouve qu’elle est riche d’enseignement, elle permet de mieux comprendre l’autre et il me semble que c’est déjà un premier pas vers le respect.

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Petits hérissons premier voyage à Marsac (5)

 

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Par ailleurs, il ne faut pas omettre les petits êtres, qui m’interpellent toujours beaucoup. J’apprécie le fait d’observer, installée à quatre pattes, toute cette vie qui foisonne, à une dimension autre et qui demeure, pour partie, invisible. Je la trouve bien mystérieuse et absolument fascinante. J’aime regarder la civilisation fourmi, toujours très affairée et parfaitement organisée, surprendre discrètement les mœurs de tel ou tel curieux insecte. Ils évoluent sur le même écosystème que nous mais, ne serait-ce que par l’échelle, vivent dans un univers absolument différent du nôtre. En outre, certaines de ces espèces ont su, avec génie, développer de brillantes sociétés.


Enfin, comme je l’écrivais plus haut, j’ose aussi dire que la spiritualité a toujours eu une place très importante dans ma vie. Cette spiritualité est également très reliée à la nature où je la ressens transcendée de force et de puissance. Aujourd’hui, cela ne fait pas bien d’en parler librement. Ce n’est pas scientifique. Cela ne fait pas sérieux. Je sais de quoi je parle, moi qui suis géographe de formation. Je crois, en ce qui me concerne, que la spiritualité ne doit pas être occultée pour ces raisons, induites par la pression de nos sociétés humaines. Si on la vit et la sent, je ne vois pas en quoi il faudrait s’interdire de l’évoquer lorsque cela présente un intérêt, surtout sur un blog qui permet et autorise enfin la liberté de s’exprimer véritablement en dehors de tous cadres disciplinaires. A mon sens, la spiritualité –si on y est sensible, bien sûr- et la philosophie font partie d’un vaste ensemble qu’il ne faut pas s’empêcher d’intégrer à ses concepts. Elles ont toute leur place dans la pensée, y compris dans la protection de la nature. Il me semble qu’il est temps de sortir des vieux schémas et d’avoir la possibilité de penser librement sans les œillères qui enferment les sens dans des cases parfois stériles et ennuyeuses, il faut s’extraire de ce conventionnalisme-là. C’est parfois périlleux mais c’est aussi se laisser l’opportunité d’avancer sans déguisement, en étant ce que l’on ressent profondément en soi, à une époque où le subterfuge et le paraître sont roi. Il n’y a là aucun prosélytisme, juste une envie et un besoin, chez l’un et l’autre, d’ouvrir toutes les voies intellectuelles qui nous paraissent capables d’enrichir les échanges, les réflexions, l’avancement des choses.

 

Notre engagement pour la nature est profond et sincère. Nous voulons incarner sa défense avec toute la franchise dont nous sommes capables. Nous sommes aussi convaincus que ce n’est pas en y excluant l’homme que nous parviendrons à de véritables résultats. Nous souhaitons œuvrer dans le sens d’une réconciliation de la Civilisation avec la Nature.

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Lorsque la Civilisation tend à s’élever, elle s’accorde parfois harmonieusement avec la Nature. Nous ne prêchons pas pour un retour à l’âge de pierre comme nous avons coutume de l’entendre, mais pour un âge de raison où l’humanité cessera de se développer contre ce qui lui permet pourtant de vivre. La tâche est immense et ardue, peut-être même désespérée, mais il nous paraît indispensable de nous employer, aussi humblement soit-il, à avancer dans le sens de cette réconciliation. Qu’on s’entende, il ne s’agit pas de chimères naïves. Nous sommes à une heure où nous n’avons, de toute façon, pas d’autres choix.

Je finirai sur cette citation, la même qui a achevé mon mémoire consacré à l’ours lors de ma dernière année d’étude :


« Le monde de demain sera radicalement différent de celui d’aujourd’hui, il le sera de gré ou de force. Il ne tient qu’à nous de le construire ou de le subir ».
Nicolas Hulot

 

 

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